Mady Mary (1°partie) un conte bizarre

Par Bob le mercredi 15 août 2007, 15:51

Lady Mary

Il était une fois un brave plombier bruxellois qui trouva dans sa boîte aux lettres un recommandé bien étrange : une longue enveloppe de couleur crème en papier kraft portant l’en-tête d’une étude notariale d’Edimbourg, Mac Duffy, Jefferson and Southpeak Associated.

Gérald Dubois ne connaissait pas cette ville, mais il supposa qu’elle se trouvait en Grande-Bretagne, car la guirlande de timbres arborait autant de fois, et en plusieurs couleurs, le profil sévère et coincé de la reine Elisabeth. Et pour cause... la pauvrette venait de recevoir une volée de tampons postaux en pleine figure.

Soit. Il tourna et retourna avec perplexité la lettre entre ses doigts puis se décida à l’ouvrir avec le tournevis multifonctions qui pendait comme un révolver à sa ceinture d’artisan. C’était en anglais (évidemment) et il ne comprit pas grand-chose, sinon qu’un certain Jeremy Southpeak Junior l’invitait à se présenter à son cabinet pour une affaire d’héritage. Le plus curieux c’est que notre homme n’avait jamais franchi la Manche de sa vie, ne connaissait personne dans le pays et s’imaginait d’ailleurs que tous les Anglais étaient roux et portaient de grosses moustaches pour cacher leurs dents de lapin.

Mais, le mot « héritage » ayant la même signification plutôt attirante dans les deux langues, il fit appel à un beau-frère qui se vantait dans les repas de famille d’être polyglotte... Après une longue conversation téléphonique avec une secrétaire qui ne comprenait pas l’anglais très personnel du traducteur et répétait inlassablement « will you repeat please » , il se confirma qu’un legs attendait notre brave plombier, là-bas aux confins de l’Ecosse.

Mais quoi ? Combien ? Impossible d’en savoir plus. « Nous ne donnons pas de renseignements par téléphone... »

Il ne restait plus qu’à faire ses bagages avec l’aide soudaine et inattendue d’une foule de parents et amis venus aux nouvelles.

***

Zeebrugge dresse son mur de buildings à appartements face à la mer, comme si elle attendait un nouveau débarquement. Presque tous sont inoccupés, car nous sommes début mai et qu’une brume glacée recouvre la cité balnéaire. A l’horizon, côté hollandais, on devine les grues du port, dressées comme une forêt de tours Eiffel pliées dans tous les sens.

Hormis quelques mouettes rieuses qui volplanent au-dessus de la Mer du Nord ou font du sur place à côté des drapeaux de la digue fouettés par le vent, on ne voit pas grand monde. Il n’est pourtant que trois heures de l’après-midi. Une voiture sort de l’autoroute, feux allumés, et se dépêche de rentrer au garage.

Gérald Dubois descend du train de Bruxelles, une valise en carton au bout de sa grosse paluche et longe un quai désert qui débouche dans un hall de gare abandonné, dont même les guichets semblent fermés. Personne sur le parvis que quitte à l’instant un taxi débonnaire, et rien en vue, à l’exception d’un journal qu’un courant d’air entraîne sur la chaussée et déplie comme s’il cherchait à le lire.

Le problème, c’est que notre plombier ne sait absolument pas comment rejoindre le bateau qui doit le mener à Edimbourg. Il analyse pour la ixième fois le voucher que lui a remis l’agence, une sorte de ticket de cinéma sur lequel tout est expliqué : le departure hour du fast ferry en local time avec un plan pour rejoindre le gate ! Mais il ne comprend rien et cherche désespérément autour de lui un passant, un panneau ou même un chien à même de le renseigner.

Il traverse l’esplanade et se dirige vers le Grand Hôtel de briques jaunes qui somnole sur le trottoir d’en face, mais à travers les fenêtres duquel sourd une vague lumière. Il hésite un instant devant la lourde porte à tambours puis pousse le battant cerclé de cuivre qui l’avale et le recrache aussitôt dans un hall tout en marbre, miroirs biseautés et vasques fleuries : superbe certes, mais aussi vide que l’extérieur.

Non, pas tout à fait. Car en y regardant bien, on aperçoit, derrière le vaste comptoir de la réception, le crâne luisant d’un employé penché sur quelques dossiers mystérieux. Il relève la tête et regarde l’intrus avec des yeux ahuris. Car même en costume trois pièces, escarpins cirés et cravate à rayures, Gérald Dubois ressemble à tout sauf à un client de palace.

Faut dire, à sa décharge, qu’il n’a jamais songé à changer de coiffure depuis trente ans. La banane a perdu de sa superbe, mais comme il persiste à peigner le reste en ailes de canard avec une raie bien droite au milieu de la nuque, il ressemble à un vieux chanteur de rock’n’roll fringué pour un mariage. Une sorte d’Elvis bourré d’amphétamines avec le nez de Depardieu.

Coup de bol, le préposé adore Presley et ose même l’imiter, avec la jambe qui tremble et tout, lorsqu’il se retrouve seul devant les glaces des toilettes. L’autre lui montre ses documents, explique, gesticule et tous deux ressortent enfin sur le trottoir en serrant leurs vestes pour ne pas s’envoler.

« Vous voyez les grues au bout de la digue ? » indique son nouvel ami du doigt.

« A côté du grand immeuble, avec les deux cheminées ? »

« Exact. Sauf qu’il ne s’agit pas d’un building, mais de votre bateau. Vous avez tout le temps, il part à cinq heures. C’est tout droit, vous ne pouvez pas vous tromper... et bon voyage !

A suivre...

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