Vue sur le port de Elizabeth Taylor

Vue sur le port

Le lundi 21 avril 2003 par Feline

L’histoire se déroule dans un petit port du sud de l’Angleterre à la sortie de la guerre 39-45. Ancienne station balnéaire très prisée, la petite ville s’est désertée de ses touristes. La vie reprend son cours doucement mais l’ennui et la nostalgie des années prospères dominent ses habitants. Il n’y a d’autres recours que d’épiloguer sur ses voisins.

Non non, ce n’est pas la très grande actrice américaine, inoubliable Cléopâtre, qui s’est mise à l’écriture de romans de fiction. Elizabeth Taylor est une romancière tout ce qu’il y a de plus anglaise, née à Reading dans le Berkshire en 1912 et décédée en 1975.

La romancière dresse une belle brochette de personnages, tous plus typiques les uns que les autres et dont les destins s’entremêlent : Mrs Bracey, quinquagénaire dynamique qu’une maladie pulmonaire a cloué au lit et qui passe ses journées à espionner ses voisins et à soutirer des ragots à ses deux filles Maisie et Iris ; Lily Wilson, gérante du musée de cire local qui souffre de la solitude depuis son récent veuvage ; Bertram Hemingway, soi-disant peintre de passage, qui se promène, pipe aux lèvres, sur les quais et s’immisce peu à peu dans la vie des habitants ; Tory Foyle, la plus belle femme de la ville, peau de porcelaine, teint frais et yeux violets. Abandonnée par son mari pour une femme officier, elle fait tourner la tête des hommes, dont Robert, le mari de sa meilleure amie Beth, dont elle est la maîtresse mais aussi de Bertram ; Beth Cazabon, romancière lunatique, davantage préoccupée par la vie de ses personnages que par celle de ses enfants, elle vit dans un monde qui lui est propre ; mais aussi Robert son mari, médecin local, Mr Pallister, tenancier du pub, Prudence, fille de Robert et Beth, qui découvre les premiers émois amoureux mais aussi la trahison de son père et Stevie, sa petite soeur.

Ce roman est un pur régal, une tranche de vie qui dure le temps de la réalisation du tableau de Bertram et du roman de Beth. Comme si la touche finale à ces deux oeuvres clôturait d’elle-même le roman d’Elizabeth Taylor. Dans la quatrième de couverture, l’éditeur pointe le personnage de Beth comme le plus intéressant et s’interroge : "double imaginaire ou réel de l’auteur" ?. On s’attache à cette femme, indifférente, ou plutôt inconsciente du monde qui l’entoure. Sa fragilité et sa naiveté en font un personnage qui détonne dans cette petite ville britannique. Tory est également un personnage fragile, déchirée entre son amour pour Robert et son indéfectible amitié pour Beth, elle sera contrainte de faire un choix.

Elizabeth Taylor décrit de manière subtile et sensible la vie d’un petit port, les sentiments et les passions mises en oeuvre. En cela, elle me fait penser à Angela Huth, mais une Angela Huth d’un autre âge, avec un charme suranné, très vieille Angleterre, qui ravira les amateurs du genre.

Votre avis sur ce livre

Note : (29 votes)