Une saison amère de John Steinbeck

L’honnêteté mise à rude épreuve

Une saison amère

Le vendredi 16 juillet 2004 par Feline

Ethan Allen Hawley vit une petite vie paisible à New-Bayton, petite ville de Nouvelle Angleterre qui a échappé à la grande vague d’émigration et donc de développement économique. Simple commis d’épicerie, rien ne le distinguerait des autres habitants, s’il n’était le déscendant d’une famille riche propriétaire de la ville aujourd’hui ruinée. Une des qualités d’Ethan est une honnêteté à toute épreuve, ce qui le rend d’ailleurs suspect pour bien des gens : refusant les pots de vins, ne volant jamais son patron,...

Mais pourra-t-il rester honnête quand Margie,l’amie de sa femme, un peu sorcière qui tire les cartes à ses heures perdues, lui prédit un avenir radieux, que sa fille lui demande : "Dis papa, quand est-ce qu’on sera riche ?", que sa femme rêve de "pouvoir redresser la tête" et que même son patron lui met en tête que sans quelques disgressions on n’avance pas ? Petit à petit le ver s’insinue dans la pomme. Mais à quel prix ?

Ce roman de Steinbeck apparaît comme un des plus légers de l’auteur. Il se lit d’une traite et fait sourire à plusieurs reprises. Mais cette légéreté n’est qu’une apparence et sous des airs de farce, Steinbeck dénonce la société américaine et ses dérives ainsi que la manière dont elle pervertit même les plus innocents.

Steinbeck est pour moi un des plus grands écrivains américains. Il arrive toujours à me surprendre, même lorsque l’on croit l’intrigue toute tracée. La fin m’a particulièrement surprise et me laisse depuis un sentiment de malaise, une fin tellement inattendue qu’elle fait que je n’oublierai pas ce livre si tôt. Une fois le choc passé et que l’émotion fait place au raisonnement, on se rend compte que finalement, elle suit la logique du roman et du personnage. Mais je n’en dit pas plus au risque de trop en dévoiler.

Steinbeck clôt avec ce roman sa carrière littéraire d’une manière aussi magistrale qu’imprévisible.