Une lumière sur la neige de Anita Shreve

« L’œuvrage de deuil... »

Une lumière sur la neige

Le mercredi 28 décembre 2005 par channe01

On dit toujours le travail de deuil. Moi, je dis l’œuvrage de deuil. Car cela prend du temps. Beaucoup de temps. Un temps qui ne se comptabilise pas en heure. Ce n’est pas un travail, c’est une quête, un accomplissement d’une réalité. Une réalité insupportable.

Dans ce roman, cet œuvrage de deuil par un mari et une petite fille d’une dizaine d’années est remarquablement traité. En délicatesse.

Au moyen d’une intrigue, un bébé déposé dans la neige, comme une offrande à la mort... Puis la lente réappropriation de la vie est entreprise par ceux qui le découvrent. Tous sont touchés au coeur. Même les détectives, les infirmières, les voisins, tous ceux qui ont approché ce bébé, ont quelque chose à apprendre de la vie et de la mort par cet acte d’abandon.

La rencontre entre la mère qui a laissé faire, ou qui n’a pas su voir et le père et la fillette qui ont trouvé ce bébé est intense. Avec un ton de sincérité et de vérité.

A éviter pour ceux qui n’aiment pas s’impliquer affectivement dans une lecture.

Pour les autres, c’est un grand encouragement au retour à la vie et au temps que cela peut prendre.

Un temps qui va à son rythme pour chacun.

A lire pour faire battre le coeur intensément.

Je ne connaissais pas Anita Shreve... Ces titres de romans me semblaient trop évoquer l’eau de rose. Mais maintenant j’ai envie d’aller plus loin en lecture à sa rencontre.

-  UNE LUMIERE SUR LA NEIGE
-  Anita Shreve
-  Éditeur : Belfond (15 septembre 2005)
-  Collection : Les étrangères
-  ISBN : 2714441459


  • Une lumière sur la neige  29 décembre 2005, par bastet

    "l’œuvrage de deuil", le "travail de deuil"... rien ne m’agace autant que ces expressions creuses, sans oublier la plus laide de toutes "faire son deuil"... comment peut-on "faire son deuil" ? "faire" c’est agir or aucun choix possible dans le deuil, on le subit, on le vit, car la mort d’un être cher se subit, hélas ! Le deuil est un processus, un passage obligé lorsqu’on perd quelqu’un que l’on aime (compagne/compagnon, ami/amie, enfant). La récupération intellectuelle par un écrivain aussi compétent soit-il/elle est certainement un bon sujet d’écriture de roman mais n’a aucune action psychologique sur le lecteur.

    Anita Shreve est un excellent écrivain, son livre est un bon livre mais le sujet choisi n’est rien d’autre que cela : un sujet, tout comme le crime, le rapt, le viol, l’amour, les voyages, la mort, etc. Y voir autre chose est une démarche de sensiblerie littéraire, superficielle et intellectuelle.

    quand on décrit ce qu’on n’a pas vécu, par personnage de fiction interposé, la superficialité tant de l’écrivain que du lecteur transparaît, quelque soit le talent de l’écrivain, l’intérêt du lecteur.

    par ailleurs, le temps n’arrange strictement rien, contrairement à l’autre expression idiote "il faut donner du temps au temps" ....... comme l’a dit si justement Stendhal : ce n’est pas le temps qui soigne, c’est l’amour.


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    • Une lumière sur la neige 30 décembre 2005, par channe01
      Je sais ce dont je parle pour ce qui est du deuil. J’évoque le mot "oeuvrage", c’est à dire le mot que j’utilise quand je fais acte de création, quand je réalise une toile, un spectacle. L’oeuvrage de deuil m’a pris plus de 17 années de ma vie. Et la douleur revient encore par bouffée. Ce que j’ai appris, c’est à faire avec. A accepter, à reconstruire quelque chose qui ne m’interdise pas de vivre. Car cet oeuvrage, c’était le nouveau chemin de ma vie et j’ai bien failli l’interrompre parce que je n’avais aucune envie de le poursuivre. Oeuvrage est un mot qui évoque l’alchimie. A partir de matériaux bruts, de matériaux dont on n’a pas voulu, il faut faire quelque chose. Personnellement, je déteste le mot travail et je n’aime pas les interventions télévisées après une catastrophe où l’on évoque les conditions nécessaires au pseudo travail de deuil à savoir, avoir un corps. Pour moi, ça n’a aucun sens. Mais bon. Dans ce livre, c’est le questionnement de l’adolescente qui me semble très juste et le repli sur soi du père. Je crois que ce n’est pas un travail de récupération par Anita Shreve. Je pense qu’elle a dû vivre avec la perte de quelqu’un car malheureusement la vie se conjugue avec son contraire.
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      • Une lumière sur la neige 1er janvier 2006, par bastet

        je passe depuis sept ans par les mêmes sentiments que vous avez connus ; je continue toutefois à ne guère aimer le terme d’"oeuvrage" même si je comprends votre comparaison avec l’alchimie.

        Comme vous je peins et j’écris mais à chaque fois il ne s’agit nullement pour moi d’une oeuvre mais bien au contraire d’un nouveau pas vers la sérénité retrouvée.


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