Un monde vacillant de Cynthia Ozick

Jeux de rôles

Un monde vacillant

Le dimanche 4 décembre 2005 par channe01

L’atmosphère créée dans ce roman de Cynthia Ozick, c’est comme un immense jeu de rôle où chacun peut se croire tour à tour le maître du jeu. Mais en jouant pour gagner, tout le monde perd quelque chose. L’équilibre n’est jamais rétabli. L’état de l’avant ne peut être rattrapé. Pour cette famille juive exilée par force de l’Allemagne nazie, avant, c’était déjà quelque chose qui relevait plus de l’apparence que de la sincérité. Mais les apparences servaient de ciment pour tenir la famille.

Après le voyage en Amérique, ce ciment superficiel semble se déliter. Tout s’en va. Tout prend l’eau. Le maître de maison s’enferme dans ses études sur une secte juive qui n’intéresse personne. La mère se replie dans une folie douce amère, parfois violente. Les enfants font ce qu’ils peuvent. Et voilà qu’arrivent deux éléments extérieurs dans cette famille, une jeune fille qui répond à une offre d’emploi sans jamais savoir exactement quel va être celui-ci. Son rôle est complexe. Elle doit s’adapter sans cesse aux circonstances. Et pourtant, son histoire personnelle n’est déjà pas facile à assumer.

Et puis vient l’homme étrange avec des billets de banque plein les poches, héritage encombrant dont il tient à se débarrasser tout comme il veut se débarrasser de son enfance. Et voilà, chacun entame sa partie du jeu de rôle, tente de manipuler les autres, de se sauvegarder lui-même, de gagner un supplément d’existence sans trop perdre de ses utopies. Mais la partie finit mal pour certains.

La montée du nazisme a déchiré la toile des apparences et les cicatrices resteront présentes à travers les obsessions que cultivent chaque membre de la famille.

Le lecteur est spectateur d’un théâtre de marionnettes où certains des personnages refusent de jouer le jeu qui est écrit pour eux. C’est un grand plaisir de lecture. Cela se savoure. C’est un livre sur la lecture, les mots, l’écriture, la mémoire et l’enfance qu’on s’est reconstituée par bribes de souvenirs. Une enfance qu’on aurait voulue autre mais on doit faire avec celle qu’on a ou renoncer à vivre.

C’est un livre sur les séquelles du déracinement quand il est contraint par l’oppression.

Editions de l’Olivier