Un enfant de la balle de John Irving

Un enfant de la balle

Le mardi 29 avril 2003 par Feline

John Irving est un de mes auteurs favoris et chaque roman constitue pour moi un vrai bonheur de lecture. Même si celui-ci est certainement moins bon que "Le Monde selon Garp", "L’hôtel New Hampshire" ou "Une veuve de papier", j’ai encore une fois été épatée par le talent de l’écrivain.

Le récit se déroule en Inde où le Dr Darawella, natif du pays mais émigré à Toronto, revient régulièrement, officiellement pour effectuer des recherches sur le nanisme et son origine génétique. John Irving traite de la douloureuse question de l’immigration par le biais du docteur qui ne se sent pas chez lui en Inde, ni au Canada d’ailleurs. Mais l’écrivain aborde de nombreux autres thèmes : L’intégration difficile, l’inégalité pays riches pays pauvres, la difficile coexistence entre les gens issus de différents milieux sociaux ou d’autres religions, la médecine, l’éternelle quête du père (récurrent chez l’écrivain, qui n’a lui-même pas connu son père), le fléau du sida, la sexualité et bien d’autres.

Le roman est tellement dense qu’il est difficile à résumer. Je reprendrais donc la phrase par laquelle Marianne Payot, critiqueuse au magasine Lire, a brossé les grandes lignes (très grandes :) ) du roman : "Tout, on trouve tout dans ces 700 pages d’aventures rocambolesques qui, de Bombay à Goa, nous entraînent sur les traces d’une mystérieuse transsexuelle tueuse de prostituées en compagnie d’un chirurgien orthopédiste canadien d’origine indienne, d’un faux inspecteur de cinéma, d’un vrai commissaire de police et d’une dizaine d’autres personnages vivants ou morts, selon les chapitres" (Lire, juin 1995).

Ce roman, je l’ai déjà dit, n’est pas le meilleur du romancier américain. Il est dense, confus et il part dans tous les sens avec d’incessants allers et retours dans le passé, qui parfois nous perdent dans le dédale de l’histoire. J’ai également eu plus de difficultés à véritablement entrer dans le récit que dans les autres Irving. Mais une fois qu’on est imprégné de l’histoire, il se lit d’une traite. C’est loufoque, baroque et entraîné par un tempo rapide. John Irving construit son histoire d’une main de maître en jonglant avec brio avec l’histoire de ses personnages, encore une fois bien construits.

Un livre que je conseille plus aux amateurs d’Irving qu’à ceux qui veulent découvrir l’univers de l’écrivain.


  • Une reflexion sur ce qui fonde l’identité  7 septembre 2003, par Dadoo

    Je viens de finir ce pavé et ce ne fut pas facile... comme d’habitude Irving cherche à noyer les pistes. Les flashs back se succèdent et il n’est pas facile de suivre cet enchevètrement d’histoires qui ne semblent pas toujours reliées.

    Par contre dès qu’on accepte de jouer le jeu on accède à une densité de l’histoire que seule Irving parvient à créer à forces de récits adjacents ou concentriques. On a parfois l’impression qu’il écrit comme un peintre qui dessinerait d’abord le canevas général avant de s’occuper du détail des scènes l’une après l’autre.

    Dans Un enfant de la balle cette technique est mise à profit pour étudier ce qui fonde l’identité de l’homme : les tendances sexuelles, les relations sociales, le niveau de vie, le pays, la race etc. L’ensemble des personnages et plus particulièrement le Docteur Daruwalla se posent des question sur leur identité. Irving ne donne bien sur pas de réponses mais il évoque leurs interrogations dans un souci du détail rare et précieux. L’autre exemple fondamlental de cette recherche d’identité est le fabuleux Inspecteur Dhar ou plutôt John D, acteur étrange entre Bombay et la Suisse dont on ne connait même pas le vrai prénom...

    Au final si je suis d’accord avec Féline pour dire que ce n’est pas le meilleur de cet auteur (j’avais préféré L’oeuvre de Dieu, la part du diable L’oeuvre de Dieu, la part du diable) il ne manque pas d’intérêt pour autant. D’autant qu’il nous permet de voyager et de nous évader quelque temps en Inde...


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