Un cri étranglé de Anne Perry

The silent cry

Un cri étranglé

Le dimanche 8 août 2004 par Sheherazade

Dans le bas-fonds le plus sordide de Londres deux hommes sont retrouvés baignant dans leur sang, apparemment battus à mort ; le plus âgé est mort mais le plus jeune respire encore très faiblement.

Grâce à leur tailleur, le sergent Evan apprend leur identité ; il s’agit de Leighton Duff, un notaire respecté et son fils ; il lui est pourtant impossible d’interroger le jeune Rhys Duff toujours entre la vie et la mort. Même lorsque l’état du jeune homme autorise son transfert chez lui, il n’arrive pas à parler tant le traumatisme est grand. Hester Latterly a été recommandée pour le soigner et elle assiste impuissante aux épouvantables cauchemars qui hantent son malade. Le médecin de famille veille d’ailleurs particulièrement au grain afin qu’on ne le dérange pas.

Evan poursuit l’enquête et découvre que le jeune Duff aimait à fréquenter les prostituées des quartiers mal famés de la ville, Seven Dials et St-Giles, en compagnie de deux amis peu recommandables, fils de son directeur d’école. Bien vite les différends du jeune homme avec son père amènent la police à croire qu’il a tué son père ; Hester demande à Oliver Rathbone de le défendre car elle le croit innocent, sinon de ses errements vicieux, du moins du crime de son père.

De son côté, William Monk est contacté par une ancienne connaissance de Seven Dials ; elle et son mari possèdent un atelier de chemiserie où de pauvres filles travaillent dans des conditions aberrantes pour un salaire de misère. Certaines sont obligées à se prostituer pour avoir de quoi nourrir leurs enfants et c’est à ce propos que la femme approche l’ex-policier devenu agent d’investigation. Elle semble en outre bien le connaître du temps où il travaillait pour la police officielle ; elle se moque même de lui lorsqu’elle se rend compte qu’il ne se souvient pas de sa vie d’avant l’accident qui le priva de sa mémoire. Il accepte toutefois d’enquêter sur les viols accompagnés de violences inouïes dont les jeunes femmes ont été victimes, la police officielle refusant de se charger d’un tel travail estimant qu’ "elles l’ont bien cherché !".

Bien vite, Monk arrive à la conclusion que les jeunes ouvrières ont effectivement été les victimes du jeune Duff et ses acolytes. Avec Hester, il va tenter cependant de prouver que le garçon n’a pas assassiné son père mais comment puisque Rhys reste cloîtré dans son mutisme et ses cauchemars.

Cette enquête de Monk et Latterly s’avère difficile pour le détective, tant au point de vue personnel que professionnel. Il est évident que sa perte de mémoire le rend vulnérable face à des personnes l’ayant bien connu avant son accident : méprisant, arrogant et peu enclin à la compassion ou même la simple compréhension des autres. Ceux qui s’en souviennent n’hésiteraient pas à se venger.

Anne Perry et sa connaissance de l’époque victorienne nous entraîne ici dans les bas-fonds londoniens, où la gentry n’hésitait pas à s’encanailler pour assouvir des besoins dont la société ne parlait pas. L’image que l’auteur nous apporte dans ses romans est toujours très vive, les pauvres comme les nantis sont décrits avec moults détails rendant l’enquête passionnante non seulement au niveau policier mais historique également. Je déplore seulement que lorsque les policiers interrogent les habitants des quartiers populaires, l’auteur nous inflige l’orthographe de leur langage populaire fort difficile à déchiffrer.