Un cadavre dans la bibliotheque de Agatha Christie

The Body in the Library

Un cadavre dans la bibliotheque

Le jeudi 28 avril 2005 par Sheherazade

Imaginez-vous un instant dans cette douce torpeur d’avant le réveil complet ... vous musardez au lit dans l’attente des bruits familiers de votre manoir et c’est dans cet état bienheureux qu’entre en coup de vent votre femme de chambre en hurlant qu’"il y a un cadavre dans la bibliothèque" !

Pour le coup, Dolly Bantry se réveille complètement, secoue son colonel à la retraite de mari pour qu’il aille vérifier, ce qu’il hésite à faire persuadé que son épouse a rêvé avec cette manie qu’elle a de lire tous ces livres policiers !

Toutefois, bougonnant, il descend et le fait est bien confirmé par le majordome, un homme des plus sérieux et fiables. Il y a donc bien un cadavre d’une jeune femme étranglée dans leur bibliothèque, enveloppé dans un tapis (un peu comme Cléopâtre au fond, mais en beaucoup moins vivant !)

Le Colonel Melchett, ami des Bantry, est chargé de l’enquête, assisté de l’inspecteur Slack, un homme qui prend son travail très au sérieux, pour qui la culpabilité du colonel ne fait aucun doute et qui se persuade que Melchett étouffera l’affaire par sympathie ; face à cette mentalité son supérieur en avalerait presque sa superbe moustache en brosse.

L’enquête mène toutefois à un jeune oisif nouvellement installé dans la région, qui organise toujours des soirées très bruyantes auxquelles assistent des jeunes femmes très dévergondées (selon les critères St.Mary-Mead évidemment).

Déjà dans le village les langues des vieilles filles vont bon train et chacun semble convaincu que ce soi-disant respectable colonel Bantry a certainement quelque chose de pas clair à cacher. Le cadavre a été reconnu par une parente de la jeune morte, comme elle employée dans un grand hôtel très sélect de Danemouth.

Dolly Bantry en a rapidement assez de cette ambiance déprimante et puisque Ruby Keene était une danseuse à l’hôtel Majestic de Danemouth, c’est là-bas qu’elle entraîne sa vieille amie Jane Marple afin que cette fine mouche découvre le ou les coupables. Cette dernière accepte de quitte St.Mary-Mead, elle est désireuse de sauver la réputation de ses amis puisque commérages et regards entendus sont déjà monnaie courante au village. De plus, pour Miss Marple il ne fait aucun doute que le jeune Blake ne soit pas non plus le coupable.

Au Majestic, Jane Marple et son amie retrouvent Sir Henry Clithering, venu enquêter à la demande du très riche Conway Jefferson qui avait l’intention d’adopter la jeune Ruby afin de pouvoir lui léguer une part de son héritage. Le richissime et invalide Mr. Conway est entouré de sa famille par alliance, puisque ses enfants et son épouse ont disparu dans un accident. Ce n’est pas la première fois qu’un homme âgé se laisse embobiner par un joli minois, mais Jefferson tient à ce que l’assassin de la jeune femme soit découvert.

Pendant ce temps, un autre cadavre est retrouvé carbonisé dans le coffre d’une voiture, celui d’une jeune fille du village à qui on a fait miroiter qu’elle pourrait devenir actrice, bref le mystère s’épaissit, sauf pour Miss Marple à qui rien n’échappe même pas des ongles rongés ou des dents mal soignées ... Avec son habitude de faire des comparaisons avec ce qui se passe au village, elle va mettre au point avec l’aide de Jefferson et Clithering un plan qui permettra de dévoiler un couple d’assassins particulièrement cruels et calculateurs.

"The Body in the Library" est l’un des polars les plus ludiques de la Reine du Crime ; elle y utilise un humour et une ironie parfois acerbes qui n’ont rien à envier à Georgette Heyer. Elle nous offre ici une histoire où les jeunes se veulent résolument modernes pour choquer les vieilles villageoises, les habitants sont observés minutieusement et très ironiquement à la loupe et malgré le drame, le livre est fort drôle.

J’ai beaucoup ri aux joutes verbales entre protagonistes, que ce soit entre Mrs. Bantry et son personnel, entre Melchett et son subordonné, entre les couples, bref tout le monde se chamaille allègrement alors qu’à l’hôtel Majestic l’enquête prend un tour plus sérieux. Une série de personnages satellites tournent autour des protagonistes principaux, tous plus "british" les uns que les autres.

On a l’impression qu’Agatha Christie s’est beaucoup amusée en écrivant ce roman policier, qui présente des moments de légèreté alternant avec des situations plus graves, tout cela chapeauté par une Miss Marple fort marrie par le monde et sa méchanceté, comme à son habitude.