Un brin de verdure de Barbara Pym

Un brin de verdure

Le samedi 13 novembre 2004 par Feline

Barbara Pym est une romancière anglaise qui pour beaucoup aujourd’hui semble surannée et démodée, à l’image de sa contemporaine Elizabeth Taylor. Toutes les deux sont à l’heure actuelle injustement oubliées ou ignorées. Les éditions 10/18 ont d’ailleurs purement et simplement supprimé Barbara Pym de leur catalogue cette année.

Barbara Pym écrit en véritable sociologue et son sujet d’étude de prédilection reste le petit village anglais, typique des années 60 - 70, période où l’on assiste au déclin des grandes familles aristocratiques, les châtelains n’ont plus de gouvernante et le faste de la vie au château est depuis longtemps révolu mais où certains vieux principes et certaines hiérarchies ont encore la vie dure. Ainsi le docteur ou l’instituteur demeurent des figures respectables pour lesquelles un grand respect reste de rigueur. Mais ce n’est rien à côté du pasteur, véritable pilier central du village. Autour de ces figures, gravitent divers personnages emblématiques : les vieilles jeunes filles et leurs ragots, les jeunes venus s’installer à la campagne et qui créent l’émoi au sein de la petite communauté,... Barbara Pym fait vivre tout ce petit monde au rythme des saisons et des diverses activités. Entre les ventes de charité et les concours de fleurs, il n’y a pas de répit pour les villageois.

Mais attention. A ceux qui croiraient que la romancière anglaise propose des romans gentillets et soporifiques, ils se trompent. Sous les fausses apparences de calme et de routine, Barbara Pym critique férocement les travers de l’Angleterre profonde. Personne n’est épargné. Elle porte un regard ironique et attaque sans pitié les valeurs d’une société conservatrice. Délicieux ! On se croirait dans le décor d’un roman d’Agatha Christie, le meurtre en moins.

Dans « Un brin de verdure », dernier manuscrit de l’anglaise, Emma Howick, jeune trentenaire moderne, ethnologue de formation, décide d’investir la demeure de sa mère, célèbre universitaire, afin de terminer un livre. A peine arrivée, elle décide de se mêler à la vie du village. Entre promenades dominicales et autres activités intellectuelles, elle se créera sa place au milieu des vieilles bigottes, du pasteur encombré d’une sœur ronchonne, des deux médecins, l’un jeune et l’autre âgé, qui se disputent leur clientèle et autres personnages hauts en couleurs, parfois proches de la caricature. Ce roman n’est certes pas le meilleur de la britannique qui a rencontré quelques déroutes à la fin de sa vie. Après une carrière florissante, les éditeurs anglais se sont mis à refuser tous les textes qu’elle leur proposait, croyant le style de l’écrivain démodé. Barbara Pym ne s’est pas démontée et a poursuivi son travail d’écriture. Mais ses manuscrits continuaient d’être refusés. Jusqu’à ce qu’un sondage publié dans un grand quotidien révèle que les britanniques étaient désireux de lire de nouveaux récits de la romancière. Tous ses romans refusés ont alors été publiés, avec succès.

Il est dommage de voir qu’il en va de même avec l’édition française et les romans de Barbara Pym ne se trouvent malheureusement plus qu’en bouquineries ou en bibliothèques.