Towards Zero de Agatha Christie

Un livre-audio lu par le comédien Hugh Fraser.

Towards Zero

Le lundi 31 décembre 2007 par Sheherazade

Qu’est ce qui relie un vieux juriste, un ex-suicidé ayant échoué dans sa tentative, une étudiante accusée de petits larcins dans son école, et toute une série d’invités dans une belle demeure au bord de la mer ? En principe, rien.

Pourtant, tous convergent vers « l’Heure Zero » ; car selon la théorie du vieux Maître Treves, le meurtre n’est que l’aboutissement de toute une série d’événements qui y mènent ; le meurtre n’est jamais le début d’une histoire, mais bien sa fin. D’après le criminologue, tous les romanciers de polars sont dans l’erreur en commençant par le meurtre !

Dans la superbe demeure de Lady Camilla Tressilian, son neveu Neville Strange, le champion de tennis, est là en compagnie de ses deux épouses, l’ancienne et la nouvelle !

La situation, faut-il le dire, est assez tendue ; la jeune et jolie Kay enrage de se retrouver en même temps qu’Audrey, dont Neville a divorcé, à Gull’s Point. Se trouvent encore là, Ted Latimer, séduisant jeune homme et ami de Kay, Mary Aldin, la secrétaire particulière de Lady Tressilian et Thomas Royde, un ami de la famille amoureux depuis toujours d’Audrey. Le fidèle Thomas est bien décidé à demander la main de la jeune femme, à présent que la voilà libre.

Par ailleurs, dans un lit d’hôpital, Angus McWhirter râle qu’on l’ait empêcher de mourir en se jetant du haut des falaises ; un arbre stupide a arrêté sa chute et un jeune couple a appelé les secours ! Pourtant, selon lui, sa vie ne vaut plus rien, il considère donc qu’il a le droit d’en disposer comme bon lui semble, ce que la petite infirmière qui le soigne refuse d’écouter ; d’après elle, chacun a un but précis ici bas et qui sait, peut être qu’un jour, lui McWhirter sauvera-t-il quelqu’un !

Lady Tressilian invite un soir son vieil ami Treves à dîner, ayant appris qu’il résidait de l’autre côté de la baie. Au cours du dîner, il raconte l’histoire d’un jeune criminel, qu’il reconnaîtrait entre tous car celui-ci porte un signe distinctif que lui, Treves, n’oubliera jamais. Le criminologue refuse d’en dire plus ; il est reconduit par Latimer, arrivés à l’hôtel, ils constatent que l’ascenseur est en panne et le vieil homme doit monter tous les étages alors qu’il doit ménager son cœur fatigué. Le lendemain, hélas, l’annonce de sa mort arrive à Gull’s Point ; Mr. Treves n’avait pas son remède sur lui et son cœur a lâché. Le neveu du superintendant Battle est chargé de l’enquête, mais celle-ci se conclut par une mort accidentelle.

Pendant ce temps, l’ambiance à Gull’s Point est réellement à couper au couteau ; Audrey tente de se faire la plus discrète possible, Kay enrage de plus en plus, Mary Aldin compte sur Thomas Royde pour alléger l’atmosphère mais l’homme n’est guère causant ! Ce qui est frappant dans la situation est que chacun trouve que malgré sa classe et sa discrétion, Audrey paraît étrange, lointaine, presque inquiétante.

A la suite d’une violente dispute avec sa deuxième épouse, dont il a décidé de divorcer pour réépouser la première !, Neville Strange est convoqué par sa tante qui lui reproche violemment son attitude à l’égard de sa nouvelle épouse ; même si elle n’apprécie guère Kay Strange, Lady Tressilian est de la vieille école et tous ces divorces lui portent sur les nerfs. La situation avec Neville s’envenime et le jeune homme quitte la chambre très en colère. Kay s’étaut couché tôt à cause d’une migraine, il rejoint Latimer de l’autre côté de la baie pour un drink.

Le jour suivant, c’est à nouveau le drame : Lady Tressilian a été retrouvée morte dans son lit, tuée de manière particulièrement brutale par un objet contondant ; sa femme de chambre Barrett a été droguée par un somnifère particulièrment puissant et l’on craint pour sa vie également.

C’est une fois encore le sergent Leach, neveu de Battle en vacances, qui est chargé de l’enquête et cette fois il demande l’aide de son oncle. Peu à peu, tous les indices pointent en direction de Neville Strange comme seul et unique coupable. Du coup, le superintendant Battle se demande si quelqu’un ne chercherait pas à nuire au champion de tennis en faisant en sorte qu’il soit accusé du meurtre et condamné à mort. Une forme de vengeance particulièrement bien calculée...

Audrey, lasse de toute cette situation, écrasée par l’atmosphère étouffante de Gull’s Point et particulièrement effrayée par quelque chose d’indéfinissable, tente de mettre fin à ses jours, mais est sauvée de justesse par McWhirter venu, un an plus tard, retrouver le lieu où il tenta de mourir.

C’est alors qu’à la suite d’un coup de théâtre, le superintendant Battle et son neveu convoquent tout le monde sur le petit bateau qui fait la navette sur la baie, à l’embouchure de la Tern afin de dévoiler le meurtrier. Tout comme j’aime commencer mon année par ce que j’appelle un « livre positif », j’aime bien terminer mon année avec un Agatha Christie, même si je connais l’histoire, même si j’ai déjà lu et relu la plupart des romans de la Reine du Crime.

Histoire bien surprenante d’un « triangle amoureux » d’un genre un peu particulier, un ménage à trois assez peu conventionnel et certainement très « moderne » pour l’époque ; ici encore Lady Christie innove pour son époque, car « Towards Zero » fut publié en juin 1944.

Les personnages sont une fois encore bien typés : le bourru superintendant, le taciturne ami de la famille, la douce première épouse dont le malaise provoque un comportement quelque peu étrange, la nouvelle épouse, raivssante écervelée intéressée au plus au point par la fortune dont doit hériter son mari. Celui-ci, sportif accompli et parfait gentleman à l’anglaise, la secrétaire particulière, discrète ef efficace, limite vieille fille mais sans acrimonie, et finalement le jeune playboy, vivant probablement de ses charmes pour la plupart du temps. Avec quelques personnages satellites, nécessaires au déroulement de l’histoire, tels McWhirter, la petite infirmière, le neveu du superintendant.

Agatha Christie a elle-même adapté son roman en pièce de théâtre et je suis certaine que là aussi ce doit être une grande réussite car, personnellement, tous les ingrédients sont réunis pour une pièce de forte intensité dramatique. Récemment, le cinéaste Pascal Thomas a réalisé sa propre version du roman et il ne s’en est pas trop mal tiré, même si j’aurais aimé que des Anglo-saxons s’en soient chargés.

Quant à la télévision, elle n’a pas hésité à trahir complètement l’esprit du roman en y introduisant Miss Marple interprétée par Geraldine McEwan, la pire Miss Marple de toute l’histoire ! Tout le monde sait que c’est Joan Dickson, la comédienne à présent disparue, qu’Agatha Christie avait choisie comme interprète de sa petite « armchair detective ».

Cette version-ci de «  Towards Zero » m’a particulièrement plu parce qu’il s’agit une fois encore d’un livre-audio et que je suis conquise par ce mode de « lecture ». D’autant plus que cette version intégrale du roman est lue par le comédien britannique Hugh Fraser, l’interprète du Capitaine Hastings, compagnon d’enquêtes d’Hercule Poirot, son « Watson » en quelque sorte.

Hugh Fraser lit le texte de sa superbe voix chaude et profonde, interprétant - avec sa classe habituelle et son accent craquant - tous les personnages du roman, aussi bien féminins que masculins, sans que cela ne soit à aucun instant désagréable ou ridicule. Le talent du comédien est bien au-delà de cela, il n’y a aucune difficulté à comprendre quand un personnage est jeune ou vieux tant le comédien module sa voix avec dextérité.

Le livre-audio dure 5 heures (5 CD) et j’ai été vraiment très triste lorsque « The End » fut prononcé ! Cinq merveilleuses soirées à frissonner au son de la voix de Fraser. Un délice ! Un vrai cadeau de Noel !