Tout ce que j’aimais de Siri Hustvedt

Tout ce que j’aimais

Le lundi 14 avril 2003 par Feline

En retrouvant les lettres d’amour écrite par Violet pour Bill, Léo Hertzberg décide de rédiger un livre racontant les trentes dernières années de sa vie. Dans le milieu artistique new-Yorkais, au cours des années 70, Léo et sa femme Erica tombe sous le charme d’un peintre alors peu connu Bill Wechsler. C’est le début d’une longue amitié entre les deux hommes. Une amitié idéale entre deux couples, basée sur une même passion de l’art : Léo, historien de l’art, permettra à Bill d’acquérir une célébrité méritée.

Violet et Bill s’installeront dans le loft situé au-dessus de celui de Léo et Erica, ils partiront en vacances ensemble, et surtout, partageront une vie remplie de littérature, d’art et d’harmonie. Leurs deux fils, Matt et Mark s’adoreront. Mais ce tableau idyllique, cet équilibre finira par se fissurer. La folie les guette, folie qui prendra de nombreuses formes : Violet qui écrit un livre sur l’hystérie et les désordres alimentaires ; le décés accidentel de Matt, qui fait voler en éclat le mariage pourtant si solide entre Erica et Léo ; la crise d’adolescence de Mark ; sa dépendance aux drogues dures qui plongera Bill dans un profond désarroi ; sa fréquentation d’artistes déjantés et décalés pour qui le meurtre devient une oeuvre d’art.

Difficile de résumer un livre aussi complet que celui de Siri Hutsvedt (qui, pour la petite anecdocte, est Madame Paul Auster à la ville). Avec un talent magistral, elle aborde autant de thémes différents que celui de l’amitié, de l’art (le récit est émaillé de magnifiques descriptions des tableaux de Bill), de l’amour, de l’hystérie, de la drogue, de la schizophrénie et de la mort.

Les personnages sont magnifiquement campés que ce soit dans l’analyse de leurs sentiments, de leurs comportements ou dans l’évolution de leurs caractères suite aux événements qui les touchent, évolution finement décrite. Le personnage le plus marquant reste pour moi celui de Mark, qui au fil des pages devient de plus en plus dérangeant. Il y a quelque chose d’indiscernable dans cet enfant, puis adolescent, que nous ne parvenons jamais à démasquer.

Je reprends la phrase avec laquelle Pascale Frey a clôturé sa critique dans le magasine Lire, non que je l’approuve mais parce qu’elle évoque bien le talent de Siri Hustvedt, dont je conseille vivement la lecture : "Mais une chose est certaine, si la romancière continue dans cette lignée, on présentera bientôt Paul Auster comme le mari de Siri Hustvedt."