Tombe, tombe au fond de l’eau de Mia Couto

Tombe, tombe au fond de l’eau

Le vendredi 18 janvier 2008 par lagarto

C’est un récit magnifique et poignant. Une fable. Des personnages de légende. Comme un rêve.
mal me quer, bem me quer/il m’aime, m’aime pas, m’aime un peu,/reste, reste dans ton bateau/tombe, tombe au fond de l’eau.
C’était la cantilène de Luarmina, sa sempiternelle ritournelle.

Toutes les fins d’après-midi, la mulâtre reste assise sur une marche, à effeuiller des fleurs invisibles. Après quelque temps, la cour est jonchée de pétales. Le sol étonné.

Pour cause d’angoisse, elle avait laissé s’éccumuler les kilos et ses fesses avaient doublé. Pulpeuse et charnue, lourde comme un pélican, elle plongeait parfois dans une mare d’eau pour se réchauffer, car certains escargots, disait-elle, lui léchaient les jambes, se repaissant de son embonpoint.

Elle aurait voulu laisser des enfants en ce monde.

Elle avait été belle à affoler un toupeau de mâles.

Parlez-moi de votre passé. Racontez-moi vos rêves. Elle avait demandé à Zeca.

Mais le passé pèse à Zeca, et il a décidé de le tuer. Sinon le passé le tuera.

L’homme noir, l’ancien pêcheur et la grosse femme sont voisins, au Mozambique, sur le bord de l’océan Indien. C’est le travail qui a noirci le pauvre Noir et elle rit, l’air éteint. Donne un visage à la tristese. Parfois, quand il parle, surtout de son vieux qui avait des yeux de requin, elle pleure. Il ne sait pas pourquoi, puisque c’est elle qui le lui a demandé. Luarmina semble hantée par une énigmatique saudade. C’est pourquoi il a délié ses souvenirs. Et les paroles de l’un et de l’autre donnent un accent étrange à l’étrange langage.

Il parle. De la folie et la mort, la mémoire, la prophétie, le souvenir halluciné, la terre, l’eau et le feu et le cauchemar. Le rêve.

Le rêve me manque, tout ce que je voudrais c’est rêver.

C’est beau.

« Tombe, tombe au fond de l’eau » de Mia Couto.