The Wine of Angels de Phil Rickman

Le jeudi 1er novembre 2007 par Sheherazade
Lorsque son oncle lui proposa et qu’elle accepta le poste de pasteur dans le joli village de Ledwardine, véritable carte postale pour touristes en mal d’atmosphère anglaise, Merrily Watkins, jeune veuve et mère d’une adolescente devenant peu à peu ingérable, ne se doutait pas dans quel panier de crabes elle allait tomber.
Ce n’est pas qu’elle ait eu particulièrement envie de cette situation ni de recevoir en guise de logement un presbytère pouvant abriter tout un régiment et qui va être la cause de bien des frayeurs et de cauchemars pour la jeune femme, convaincue qu’il est hanté. Et dire qu’il lui fallait un endroit calme pour tenter de continuer sa vie après les problèmes causés par les malversations de son défunt époux.
Il avait pourtant l’air bien paisible ce pittoresque endroit de la province d’Heredford, célèbre pour ses vergers de pommes et son cidre, avec ses jolies maisons à colombage, ses pelouses bien nettes, ses petites fleurs partout ...
Déjà son organiste est un vieux lubrique, lui témoignant une fausse bonhomie pour cacher sa vraie nature. Ensuite, elle a pour ennemi déclaré, en tout cas principal opposant, le notable du village, scion d’une famille ayant gouverné le village depuis des siècles ; la tension dans leurs relations ira crescendo, le nobliau étant déjà opposé à la nomination d’une femme pasteur ! cela ne s’est jamais vu dans SON village ! Puis, il y a la propriétaire d’une jolie boutique de souvenirs, une dame plutôt excentrique qui se prend d’affection pour Jane, la fille de Merrily, à la désapprobation de celle-ci face aux opinions mécréantes de cette Mrs. Devenish. Parmi les autres notables du village, il y a les producteurs du cidre local, grands amis du nobliau et les propriétaires du restaurant à la mode. Leur fille Colette, une ado plutôt délurée, n’aura pas sur Jane Watkins la meilleure des influences.
Peu après son arrivée au village, Merrily Watkins assiste à une très ancienne coutume, devant se passer lors de la Nuit des Rois ; elle se terminera dans le sang, celui du patriarche des producteurs de cidre, dont la tête explosera d’une cartouche de carabine.
Vers le printemps, c’est Colette qui disparaîtra lors de sa soirée d’anniversaire ; peu après c’est l’excentrique Lucy Devenish qui succombera dans un accident très suspect.
Pour la petite Jane, tout cela devient lourd à porter surtout lorsqu’elle réalise que sa mère n’arrive plus à assumer son rôle de pasteur, face à des cauchemars récurrents et la tension causée par l’organisation d’une pièce de théâtre concernant un pasteur assassiné pour raison de sorcellerie par l’ancêtre du nobliau. Cette pièce doit révéler de sombres secrets familiaux et il y a fort à parier que le village ne se remettra pas de ces révélations si elles ont lieu. Jane en voulant se mêler de tout risque bien d’être la prochaine victime sur la liste de l’assassin et ça, Merrily ne le permettra pas ! Grâce à l’aide que lui apporteront l’ancien égouttier du village et le jeune protégé de Lucy Devenish, la jeune femme pasteur va cesser de se poser des questions et se mettre enfin à agir.
Etrange roman que « The Wine of Angels » pour lequel j’éprouve des sentiments contradictoires. Tout d’abord j’ai eu l’impression de me retrouver dans la série mettant en scène l’inspecteur Barnaby de Caroline Graham, tant l’ambiance « village anglais » m’a fait penser aux « Midsommer mysteries ».
Le roman de Phil Rickman m’a beaucoup surprise, j’ai eu quelques difficultés à accrocher rapidement aux mésaventures de cette jeune femme pasteur de l’église anglicane, catalyseur de tout ce qu’il y a de plus sordide - inceste, relations extra-conjugales, viols, etc - dans un décor de carte postale.
Cela démarre comme un roman psychologique dans les classiques affrontements mère vs. fille ado rebelle, pour ensuite s’orienter vers un roman à effets paranormaux, jusqu’à ce que des menaces et des meurtres le transforment en thriller dont la fin est un énorme coup de théâtre.
Le personnage de Merrily (la mal nommée puisque « merrily » signifie « gaiement », ce que je peux vous dire qu’elle n’est pas !) Watkins est quelque peu agaçant avec ses états d’âme tant face à sa vie passée que face à ce village qui l’a littéralement fait vomir. On la voudrait plus énergique, qu’elle se secoue un peu, mais elle serait alors probablement beaucoup moins humaine, moins pareille à nous.
Le personnage finalement le plus sympathique, en dehors de l’excentrique vieille dame, est l’ancien égouttier du village, peu impressionné par tous les notables, qui prend la jeune pasteur sous sa protection ; ses apparitions remettent à chaque fois les situations dans une plus juste perspective, ses commentaires terre à terre font réfléchir et agir le pasteur.
Il y a encore le personnage de Laurence Robinson, jeune auteur de chansons, grand amateur de Nick Drake et de son album « Pink Moon », son caractère n’est pas sans rappeler celui de Mrs. Watkins, ces deux-là sont faits pour s’entendre.
Pour l’écrivain Phil Rickman, le paranormal ne doit pas nécessairement être synonyme d’horreur et pour lui, des phénomènes paranormaux peuvent être décrits d’une manière banale les rendant encore plus inquiétant. J’avoue ne pas avoir été fort convaincue par cela. Cependant, malgré un certain ennui ressenti au départ du livre, peu à peu je me suis laissée prendre au jeu et l’un dans l’autre j’ai apprécié cette première aventure d’une jeune femme qui se pose beaucoup de questions.
J’ai découvert, grâce à ce roman, le musicien Nick Drake, mort à 26 ans, auteur de seulement trois albums, ami notamment de Françoise Hardy, qui sera fort affecté par le manque de reconnaissance du public de son vivant ; le musicien se mettra à douter de ses capacités et sombrera peu à peu dans un état dépressif. Le jeune homme mourut pour avoir absorbé une trop forte dose de somnifère et un doute subsistera toujours, si cette dose fût ou non accidentelle. Actuellement toutefois la reconnaissance posthume de Nick Drake est évidente, plusieurs groupes anglo-saxons et jazzmen comptent parmi ses admirateurs. L’une de ses plus célèbres chansons a même servi de fond musical à un spot publicitaire pour une marque automobile.
