The No.1 Ladies’ Detective Agency de Alexander McCall Smith

The No.1 Ladies’ Detective Agency

Le jeudi 1er novembre 2007 par Sheherazade

Precious Ramotswe a suivi les conseils de son père, elle a ouvert un commerce, seulement au lieu que ce soit un commerce de boucherie ou de légumes, Precious a préféré ouvrir une agence de détective privé.

Ce qu’elle aime c’est aider les gens, elle les comprend, elle sait comment leur parler, elle connaît leurs petits travers et leurs grands défauts, bref elle est l’idéale candidate pour ce type de profession.

Elle a même acheté un essai, signé d’un certain Clovis Andersen, afin de bien s’imprégner de tous les éléments nécessaires à son métier.

Bien sûr, au départ, l’investissement fut important mais grâce à l’argent que lui a laissé son père elle a pu se permettre un petit bureau dans un vieil immeuble, l’a meublé du strict nécessaire et - parce que tout détective privé se doit d’en avoir une - a engagé une secrétaire, une femme très compétente qui dactylographie très vite, mais qui pour l’instant n’a pas grand-chose à faire ; d’ailleurs son salaire est équivalent à la dernière facture, donc point de bénéfices !

Jusqu’à ce qu’un premier cas se présente, où elle sera richement payée par le client, un père super protecteur qui étouffe sa fille de 16 ans. Après une filature et une discussion avec la jeune fille en question, tout le monde sera heureux grâce à Mma Ramotwe. Elle va aussi résoudre le cas d’un mari disparu sans laisser de traces, confronter un mari infidèle mais le résultat ne satisfera pas entièrement la cliente, c’est le moins que l’on puisse dire ! Pas grave, Precious et sa secrétaire auront bien ri ! Plus sérieux est le cas d’un jeune médecin, qui parfois est absolument excellent, parfois parfaitement nul ; cela inquiète beaucoup son supérieur qui risque son poste pour avoir engager un mauvais assistant. Là encore, malgré la filature un peu compliquée, Mma Ramotswe dévoilera le pot aux roses, tout comme elle dévoilera avec rapidité une fraude à l’assurance ; cependant jamais elle ne perd son côté humain, pour elle la justice est plus importante que tout mais pas nécessairement à n’importe quel prix.

Bref des cas parfois amusants, parfois fastidieux, parfois banals, bien dans la ligne d’un détective privé, mais peut être pas encore aussi passionnants que ceux de la grande Agatha Christie dont elle a beaucoup entendu parler.

Le cas qui la préoccupe beaucoup par contre est la disparition d’un jeune garçon, que la police a fini par classer sans suite. Pour Precious Ramotswe il est important que les parents de l’enfant puissent savoir ce qui est arrivé à leur enfant, aussi va-t-elle s’en occuper sans qu’on lui ait demandé quoi que ce soit. Cette fois elle prendra des risques mais Mma Ramotswe fait toujours confiance à son bon sens et son esprit de déduction.

Voici donc une héroïne de polars qui n’est pas sexy, qui ne porte pas d’armes ni de talons aiguilles, qui parle courtoisement sans utiliser le moindre gros mot, qui est presque toujours bien dans sa peau (sauf lorsqu’elle repense à son mariage raté et son petit enfant mort), qui s’habille en taille 22 (mesures anglaises) sans que cela lui pose le moindre problème. Qui aime la vie, qui aime les gens, qui est pleine de tolérance, qui a un excellent esprit de déduction et un humour ravageur même si elle ne s’en rend pas toujours compte. Elle passe beaucoup de temps à discuter avec ses voisins et amis, et notamment avec le propriétaire du garage voisin, J.L.B. Matekoni qui nourrit un tendre sentiment pour elle.

Quel réel bonheur que ce roman policier de l’écrivain écossais, Alexander McCall Smith ; non seulement il contient d’amusants éléments d’enquêtes propres aux détectives privés mais il offre, en prime, une bien jolie leçon d’humanité et de tolérance.

Il y avait bien longtemps que je n’avais pas été aussi heureuse en lisant un polar. C’est réellement rafraîchissant de lire un roman bien éloigné des meurtres sanguinolents des thrillers d’outre-Atlantique, ou même européens où l’hémoglobine gicle à tous les étages. Malgré qu’il ne contienne pas autant d’éléments de le psychologie tourmentée de certains personnages de polars, on retrouve quelques intéressantes études de caractères, étudiées avec beaucoup d’humour.

On n’est pas très loin ici des romans d’Agatha Christie, où Miss Marple, du fond de son fauteuil tricote en résolvant les problèmes qu’on lui soumet.

Quel joli portrait de la petite ville africaine de Gaborone, au Botswana : tout y est joliment décrit, de la maison de Precious, jusqu’à ses bureaux, sans oublier la grand-rue avec tous ses commerces et le garage-atelier de Maketoni. Avec en toile de fond, un peu de modernisme et de superstitions ancestrales.

A travers Precious Ramotswe, c’est un portrait africain, celui du Botswana (anciennement Bechualand) situé à côté de l’Afrique du Sud de l’apartheid, recrutant des jeunes gens pour les mines de diamants, les épouvantables conditions de travail, les conflits, les maladies, les morts inutiles.

Et puis, sans qu’elle en porte le titre, Mma Ramotswe est une héroïne digne du mouvement de libération des femmes, qui fait du féminisme comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, qui porte sur les hommes un jugement ironique sans grande indulgence.

« The N°1 Ladies’ Detective Agency » est le premier d’une série qui en comporte déjà 8, et j’ai bien l’intention de les lire tous.

J’avoue que je préfère de loin cette série-ci que «  The Sunday Philosophy Club » également avec un personnage féminin principal qui tape sur les nerfs du lecteur par son ton poseur.

Alexander McCall Smith est également l’auteur de la charmante galerie de portraits vivant au « 44 Scotland Street », une chronique de personnages un peu hétéroclites dans la ville d’Edimbourg.