The Merchant’s House de Kate Ellis

The Merchant’s House

Le mardi 7 août 2007 par Sheherazade

Wesley Peterson, jeune et brillant détective noir a quitté la Metropolitan Police de Londres pour être transféré à Tradmouth, sympathique bourgade de la côté ouest.

Le jeune sergent est accueilli avec sympathie par sa collègue Rachel Tracey, une féministe enragée et qui enrage effectivement dès qu’on lui demande une tasse de thé ou une tâche qu’elle estime subalterne ; par ailleurs pour elle tout homme est un macho chauviniste, qui n’a qu’une seule idée en tête et ses remarques acerbes en ce sens ne la rendent pas des plus faciles à fréquenter.

Il est vrai qu’au sein de la police anglaise peu de policiers sont favorables à l’égalité des sexes et l’égalité raciale. L’un des subalternes de Wesley Peterson ne se prive d’ailleurs pas de faire des remarques racistes, son ressentiment étant exacerbé par l’éducation universitaire du jeune homme.

Le supérieur du district policier, l’inspecteur Heffernan est veuf, qui ressent toujours une immense tristesse de la mort de son épouse ; c’est un homme affable, faisant régner avec calme et fermeté les bonnes relations au sein de son équipe. Il apprécie à sa juste valeur l’intelligence de sa nouvelle recrue, au point de l’inviter à bord de son bâteau, dont il est très fier ; malheureusement Peterson, sujet au mal de mer, ne partage que très modérément la passion de son chef pour la navigation dite de plaisance !

Dès son arrivée à Tradmouth, le sergent retrouve Neil Watson, un archéologue, ami de longue date, travaillant actuellement sur un site des environs ; le site en question est la maison d’un marchand, notable du 17ème siècle dont les successeurs seront tout d’abord des personnages prominents du village mais petit à petit cette richesse se réduira et le dernier descendant de la famille vit au seuil de la pauvreté. Dans ce qui devait probablement être la cave de la demeure du marchand des ossements humains sont retrouvés, laissant supposer que les rumeurs sur un crime commis à l’époque seraient exactes. Le journal du marchand, qui pourrait éclairer cette affaire, manque malheureusement et Watson se demande comment il pourrait mettre la main dessus, car les restes sont ceux non seulement d’un bébé mais aussi d’une très jeune femme dont les traces sur le squelette prouve qu’elle a été étranglée.

Pendant que son copain enquête sur ce crime du passé, Wesley Peterson a les mains pleines : le cadavre d’une jeune femme a été découvert dans les buissons au bord des falaises ; le visage a été frappé avec une telle sauvagerie qu’elle n’est pas identifiable. Des pistes mènent à Liverpool et Manchester, mais s’avèrent infructueuses.

Finalement, grâce à un long et fastidieux travail de recherche les enquêteurs arriveront à établir l’identité exacte de la jeune morte de la falaise.

De plus, la petite ville est en émoi depuis la disparition d’un petit garçon qui jouait devant la maison de vacances de ses parents ; le détective chargé de cette enquête là a de grandes difficultés à rester neutre ; lui-même étant père de famille, il est profondément touché par cet enlèvement, malgré les conseils de son ami Heffernan quant à la neutralité qu’un policier se doit d’observer vis-à-vis des affaires en cours.

Parce qu’il vit une situation personnelle un peu délicate au moment où commencent les enquêtes en raison de la quasi obsession de son épouse à vouloir un bébé, Wesley Peterson va déduire que les tragédies à la fois du passé et du présent comportent des points communs de passions, obsession, jalousie. Sa faculté de déduction et un peu de chance due au hasard vont aider l’équipe du commissariat de Tardmouth à résoudre une bien sombre affaire de trafic d’enfants, pendant que Neil Watson mettra enfin la main sur ce journal intime tant recherché et qui leur apportera la clé des mystères.

Et dire que le jeune détective-sergent Peterson était venu s’installer en province, pendant y trouver plus de calme et moins d’affaires sordides.

Je suis absolument ravie d’avoir découvert cette nouvelle série de polars, qui mélange habilement des éléments historiques et archéologique, et une enquête contemporaine.

C’est après avoir lu le polar historique « The Devil’s Priest » de Kate Ellis que j’ai eu vent de ses autres écrits.

Wesley Peterson est l’un des premiers détectives noirs dans le Devon, il n’y en a d’ailleurs guère dans la littérature policière : il y a Alex Cross aux Etats-Unis et le sergent Winston NKata dans les enquêtes de l’inspecteur Linley, mais je n’en connais guère d’autres.

Cette première enquête de Peterson et de son Watson, archéologue et enquêteur sur le passé, est un excellent petit moment de lecture ; les personnages sont très bien dessinés, notamment la personnalité de Rachel Tracey est particulièrement traitée avec humour et une certaine dérision ; elle est tellement caricaturale que l’on finit par rire de son féminisme qui paraît outrancier mais dont le fond est totalement justifié face à certains collègues.

Le chef de cette équipe est tour à tour émouvant (lorsqu’il pense à son épouse défunte) ou doté d’un certain humour qui lui permet de conserver l’unité de son équipe. Son attitude est toujours pondérée, mais il n’est pas question de s’imaginer que cette bonhomie dénote une faiblesse de caractère.

Evidemment, l’auteure n’a pu éviter le classique dilemme exsistentiel dont semblent affublés tous les policiers dans l’histoire désormais longue du Polar. Il est vrai que c’est un métier souvent pénible, exigeant au niveau des horaires ce qui provoque forcément des frictions au sein d’un couple. Par ailleurs, bien qu’ils soient amis Peterson et Watson furent, dans leur jeunesse, tous deux candidats au cœur de la jolie Pamela, et c’est Peterson qui l’emporta. Cela crée par instant une certaine ambiguité entre les deux hommes.

Une grande partie de l’intérêt du livre réside non seulement dans l’intrigue de l’époque contemporaine qui est bonne même si l’idée même n’en est pas forcément originale et le parallèle dans le passé, l’ensemble menant à la solution.

Bref, les enquêtes de Wesley Peterson, Neil Watson et le commissariat de Tradmouth sont à suivre... de près.