The Leper’s Bell de Peter Tremayne

Suite de BADGER’S MOON

The Leper’s Bell

Le mardi 21 août 2007 par Sheherazade

L’un des meilleurs romans, à mes yeux, parmi les enquêtes de Sœur Fidelma et Frère Eadulf. En effet, il y a dans cette enquête-ci, une dimension personnelle humaine qui m’a plus émue que dans les romans précédents. Bien souvent les enquêtes de Fidelma de Cashel et son compagnon Eadulf de Seaxmund’s Ham les ont amenés à être impliqués personnellement dans leurs enquêtes lorsque la sécurité du royaume de Muman était menacée. Mais ici leur implication est complètement personnelle puisque c’est leur enfant, le tout petit Alchù qui est concerné : sa nourrice a été sauvagement assassinée et le bébé a disparu.

Pour Fidelma et Eadulf commence à présent une enquête où leurs angoisses de parents ne sachant pas si leur enfant est vivant ou non se le disputent aux multiples pistes n’aboutissant à rien et à leur entente même qui est menacée. De plus, le jeune couple veut résoudre le meurtre de la nourrice, cette jeune femme était considérée comme une amie de la famille.

Le double crime doit être résolu et malgré tout leur chagrin, Sœur Fidelma et Frère Eadulf doivent retrouver leur enfant et le ou les assassins afin que justice soit faite pour Sarait. La sœur de cette dernière ne peut les aider, elle nie avoir écrit le message qui amena la nourrice à quitter le château ; pas de trace non plus de cet étrange enfant qui aurait apporté le message. Toutes les pistes sont des « on-dit » et la plupart n’aboutissent pas !

Pour la première fois Fidelma se sent totalement impuissante d’autant plus qu’elle culpabilise énormément ; elle sait qu’elle a laissé sa préférence pour son travail d’avocate prendre le pas sur sa vie de femme et de mère ; elle réalise soudain à quel point son enfant lui est précieux, mais qu’en est-il de ses sentiments pour Eadulf ? N’est il pas trop tard pour eux deux ?

Pendant qu’elle se morfond et enquête de son côté, Frère Eadulf a pris la recherche de son fils en main ; le malheureux père est confronté à une forme de mise à l’écart au sein même de la communauté de Cashel en tant qu’époux d’origine étrangère à Muman. Par ailleurs, bien qu’il soit fils d’un chef en pays saxon et juge héréditaire là bas, il n’est pas considéré comme de rang noble en Eireann. Sa position en qualité de mari de la sœur du roi est ambigüe et devient de plus en plus inconfortable aux yeux du jeune homme qui se sent méprisé.

Mais ces détails devront attendre, pour l’instant pour Eadulf le plus important est de retrouver son enfant et ses problèmes personnels ne peuvent se mettre en travers de sa quête ; Eadulf est persuadé que son fils est vivant.

Une demande de rançon va perturber encore le bon déroulement de l’enquête ; quel rôle joue ce mystérieux lépreux dont on parle et quel fut le rôle d’une troupe de baladins nains dans l’affaire ? Bien des questions dont les réponses sont loin d’être résolues.

Cette enquête très personnelle pour Fidelma et Eadulf était passionnante une fois encore de bout en bout ; Fidelma, pour une fois, doit se remettre en question.

Jeune femme peu encline aux concessions, elle n’a la plupart du temps que des certitudes à son sujet et prend Eadulf pour argent comptant. La bonhomie naturelle du jeune moine, d’une nature conciliante et généreuse, a fait oublier à sa compagne qu’il est un être humain avec son orgueil, son passé, des origines dont il est fier, qu’il est aussi quelqu’un d’aussi intelligent qu’elle, qui la plupart du temps lui laisse la parole parce que dans ce domaine elle est plus douée que lui. Cette fois, le jeune homme a décidé de ne plus accepter que seule Fidelma pose les conditions de leur vie commune.

J’ai vraiment bien aimé cet aspect psychologique du roman, car effectivement au cours des dernières enquêtes Sœur Fidelma semblait réellement ne considérer Eadulf que comme un bon copain, ayant parfois une bonne idée.

Les lecteurs qui s’étonneront des liens matrimoniaux entre religieux (ici mariage d’un an et un jour, période d’essai courante dans les neuf paliers d’un mariage irlandais aux temps anciens), en trouveront l’explication dans la traditionnelle et intéressante introduction au roman par son auteur.

En effet, au début de la chrétienté, les religieux pouvaient être mariés ; des congrégations existaient au sein des monastères, où les enfants des couples de moines et religieuses étaient élevés par toute la communauté. Le concept de célibat n’était pas universel au sein des églises, tant celtique que romaine.

Seul un groupe, considéré comme une secte d’ascètes à l’époque, prônait le célibat des prêtres et religieux. Lors du concile de Nicée le célibat des religieux fut obligatoire ; on pense que l’origine de cette décision se base sur les coutumes païennes des prêtresses de Vesta et des prêtres de Diane.

Dès le 5ème siècle, Rome défendit aux religieux ayant rang d’évêque de se marier, tout l’ensemble des religieux fut d’ailleurs enjoint à respecter cette loi, cependant ce n’est qu’à partir de 1189 que le pape Urbain II fit saisir les prêtres mariés et leur épouse, afin d’être envoyés en esclavage auprès de la noblesse ; bien des épouses se suicidèrent alors face à ces règles strictes et intolérantes. L’Eglise celtique, bien plus tolérante à cette époque que l’église de Rome, mit beaucoup plus de temps à se rallier à cette règle.

A notre époque, seule l’église orthodoxe accepte encore le mariage des prêtres n’ayant pas rang d’évêque ou de supérieur d’une communauté. Pour l’église celtique il n’existait pas de « péché de chair », malgré l’attitude dogmatique de Rome ; les « conhospitae » (abbayes et monastères) étaient monnaie courante en Irlande où les enfants étaient élevés au service du Christ.

Bref une fois encore Peter Tremayne m’a tenue en haleine, tout en m’émouvant !