The Devil’s Priest de Kate Ellis

The Devil’s Priest

Le jeudi 2 août 2007 par Sheherazade

Furieux que Rome ait refusé de lui octroyer le divorce d’avec Katherine d’Aragon afin de pouvoir épouse Anne Boleyn, Henri VIII commençait à en avoir sérieusement assez du Pape et de Rome. Le prétexte du divorce mena quelques années plus tard à la dissolution des monastères, le roi ayant décidé que finalement le chef de l’église d’Angleterre c’était lui et personne d’autre, que ce n’était finalement pas Rome et son pape qui devaient s’immiscer dans les affaires de son pays et que les richesses des monastères lui revenaient de droit, d’autant plus que les caisses du royaume étaient bien vides grâce à ce roi au caractère dispendieux.

Selon lui, les monastères, abbayes, etc, étaient des lieux de dépravation ... ça lui allait bien de dire cela à ce roi jouisseur, buveur, mais il est vrai qu’on ne voit jamais midi à sa porte !

En 1534, il décida donc de devenir le chef suprême de l’église d’Angleterre. De 1538 à 1541, il donna l’autorisation à Thomas Cromwell et ses sbires de confisquer les richesses des abbayes en Angleterre et Irlande ; malheureusement cela mena à bien des règlements de comptes, sans mauvais jeu de mots.

Le but, soi-disant, était de faire cesser les abus des églises qui monnayent absolument tout, du pardon des âmes jusqu’aux services religieux. A côté de cela, d’autres prieurés et abbayes étaient particulièrement appréciés des villageois près d’où ils étaient situés, fournissant travail et assistance.

Par ailleurs, les hommes de Thomas Cromwell, sous prétexte de faire cesser les abus, détruisirent maintes œuvres artistiques et, bien entendu, confisquèrent tout ce qui avait de la valeur, car il est vrai que dans certains lieux de culte on trouvait pierres et métaux précieux.

Beaucoup de moines, abbés, moniales, prêtres et abbesses tentèrent de s’opposer aux décrets, avec pour conséquence d’être accusés de trahison, jetés en prison pour les plus chanceux, les autres étant exécutés sans autre forme de procès.

C’est en ces temps troublés de 1539 que débutent les aventures de Lady Katheryn Bulkeley, ancienne abbesse de l’abbaye de Godstow. Elle vit désormais auprès de son frère, recteur dans le Cheshire. Un jour lui arrive la lettre de l’une de ses anciennes novices, la très jeune Agnes Moore, ayant trouvé refuge dans sa famille, très aisée où elle est traitée comme une moins que rien car la veuve, Margery Moore, n’est pas encline à l’indulgence et à la charité ; pour elle, il est normal qu’Agnes travaille pour mériter la bonté qui lui est faite de ne pas se retrouver à la rue, comme beaucoup de filles pauvres. Lorsque son ancienne supérieure la rejoint à Liverpool, la jeune Agnes confesse son péché de chair mais refuse de donner le nom de son amant. Lady Katheryn est une femme très déterminée et a décidé de découvrir cet homme coûte que coûte, malgré l’hostilité évidente de Mrs. Moore. Un jour Agnes décidant de retrouver son amant est retrouvée noyée, cependant cette noyade n’est nullement accidentelle, la jeune femme a été maintenue sous l’eau jusqu’à ce que mort s’en suive.

Katheryn Bulkeley décide de faire toute la lumière sur la mort de cette jeune femme qui fut sous sa responsabilité ; elle fait comprendre à tous qu’elle ne quittera Liverpool que lorsque la lumière sera faite sur la mort d’Agnes.

Elle sent bien qu’il règne un climat très trouble à Liverpool, et pas seulement à cause de la suspiscion et la trahison dues à la situation politique. Liverpool semble réellement avoir un côté très sombre, où il est beaucoup question du diable et de ses œuvres, à chaque pas qu’elle entreprend dans son enquête, l’ancienne abbesse . Elle reçoit l’aide de Maître Valentin, l’apothicaire de la ville, ancien moine lui aussi mais dont les connaissances en herbes et potions lui ont permis de venir en aide à la population de la ville, lui assurant désormais un nouveau statut, ce dont malheureusement tous ses frères n’ont pas pu bénéficier.

Il y a d’autres morts très troublantes dans la ville, comme celle de ce jeune prêtre dont la main droite a été coupée, un rituel que pratiquent les adeptes de satan. Katheryn et Valentin cherchent les assassins autant dans les quartiers pauvres que chez les notables de Liverpool, à commencer par le château. Il est régulièrement question d’un jongleur blond, se trouvant comme par hasard dans des lieux où un drame s’est produit ; dans l’auberge de la ville conspirent des opposants au roi ; le capitaine de la garde au château a un comportement des plus suspects. Malgré les appels à la prudence de Maître Valentin, qui éprouve un sentiment un peu plus profond que de la simple amitié pour Lady Katheryn, cette dernière n’aura de cesse que de voir triompher la vérité et que soit puni ce « prêtre du diable » qu’elle considère comme responsable de toutes ces morts.

A partir de faits historiques avérés et de la vie de la vraie Katheryn Bulkeley, ancienne abbesse de Godstow près d’Oxford, l’écrivaine anglaise Kate Ellis a construit un petit polar historique digne de ceux qu’écrit Paul Doherty, utilisant ce même procédé.

Ce court roman est passionnant de part en part, on n’a aucune envie de le lâcher dès qu’on l’a entamé ; l’écriture est simple et belle, les dialogues agréables, l’atmosphère troublée d’une époque de délation et trahisons fort bien rendue.

Sur le thème de la dissolution des monastères, il y a aussi le polar « Dissolution » de C.J. Sansom, que j’ai déjà commenté dans la rubrique de « Polars Historiques ».


  • The Devil’s Priest  16 mars 2008
    le problème, c’est qu’il n’est pas traduit en français comme tous les romans de cet auteur.
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