The Bawdy Basket de Edward Marston

12ème enquête de Nicholas Bracewell, régisseur de théâtre sous Elisabeth I

The Bawdy Basket

Le mardi 19 juin 2007 par Sheherazade

La troupe de théâtre des Westfield’s Men est en bien fâcheuse posture en cet été-là. Non seulement Lord Westfield est sommé de rembourser toutes ses dettes par un usurier qui a juré la perte de la troupe, mais pire encore, Edmund Hoode leur écrivain au talent incontesté et incontestable est une fois encore tombé amoureux, mais cette fois il décide de quitter ses amis afin de se consacrer à sa belle !

Même Nick Bracewell, son meilleur ami au sein de la troupe, n’arrive pas à le convaincre de changer d’avis, car le poète perdrait alors l’amour de sa muse, et ça, même après deux jours d’idylle, c’est impensable ! Le régisseur a vraiment les mains pleines cette fois, car perdre Edmund c’est faire face à l’extinction certaine de sa chère compagnie théâtrale, pour un peu les directeurs Laurence Firethorne et Barnaby Gill en oublient de se disputer.

Mais il y a bien plus urgent que cela : un comédien, nouveau venu au sein de la troupe, a vu son père ignominieusement pendu après avoir été accusé à tort d’un crime. Les deux témoins, des marchands de réputation soi-disant irréprochables ont attesté du meurtre et ont conduit leur concurrent au gibet.

Pour le jeune Frank, il ne fait aucun doute que son père soit innocent et il est bien décidé à le prouver ; Nicholas Bracewell en ami fidèle décide de l’aider, demandant par ailleurs aux directeurs de la compagnie de ne pas expulser le jeune homme mais de lui donner le temps de faire toute la lumière sur cette lâche affaire.

L’homme qui tire les ficelles de cette histoire est un être vil et très riche, cette richesse étant gagnée sur le dos des malheureux à qui il prête de l’argent à taux exagéré. Afin de ne pas être associé aux Juifs de la ville, il se dit banquier et jouit d’une position très en vue dans Londres, il est même reçu en cours. Bien décidé à perdre le jeune Frank, sentant que Nicholas Bracewell constitue un danger, Sir Eliard va s’acharner à la perte de la compagnie théâtrale en rachetant les dettes de Lord Westfield et en exigeant leur paiement immédiat.

Le malheureux patron de la compagnie, un noble qui comme ses pairs, vit de manière extravangante, dispendieuse, en empruntant sans compter et dont les dettes s’accumulent au fil du temps, sera obligé d’abandonner le mécénat théâtral signifiant la mise à la rue de toute la compagnie. Comment lutte-t-on contre un homme capable de soudoyer des témoins et corrompre un juge ? D’autant plus qu’une jeune femme, venue au secours de nos amis, ayant la preuve de l’innocence du père de Frank, est elle aussi assassinée.

Sans oublier cet idiot d’Edmund qui s’obstine ! Oui vraiment, cette fois Nicholas Bracewell a besoin de beaucoup de patience et de détermination.

Mise à part l’habituelle passionnante enquête qu’offre Edward Marston (pseudonyme de Keith Miles), déjà auteur d’onze aventures de la troupe théâtrale « Westfield’s Men », le dix-septième siècle d’Elizabeth I prend littéralement vie sous les yeux du lecteur grâce à la verve et au talent de l’écrivain, qui fit lui-même partie d’une troupe de théâtre dans sa jeunesse.

Il écrit en utilisant de manière subtile des expressions et un style de langage propre à l’époque mise en scène ; les rues de Londres, l’ambiance de la célèbre Bartholomew Fair (un des marchés les plus connus à Londres en ces temps-là), tout cela est reproduit avec vivacité et humour. La faconde des uns, l’arrogance des autres, tout cela prodigue à faire ce livre un excellent moment de lecture. Il ne faut pas non plus oublier le traditionnel zeste d’humour dans les joutes verbales des membres de la troupe. Comme à chaque fois, l’époque élisabéthaine est rigoureusement respectée.

Les aventures de Nicholas Bracewell et de la compagnie de Lord Westfield sont des livres difficiles à lâcher, dès qu’on les entame, ils sont brillants, gais, passionnants, pleins de rebondissements. J’ignore ce que donnent les traductions, car le style est si typiquement britannique qu’il faut, à mon avis, un grand talent de traducteur pour ne pas trahir l’ambiance de ces romans.