That Way Murder Lies de Ann Granger

That Way Murder Lies

Le lundi 31 décembre 2007 par Sheherazade

Une fois de plus, Alison Jenner redoute le passage du facteur ; une fois de plus, elle reconnaît l’enveloppe anonyme et en connaît déjà le contenu. Comme toujours, le « corbeau » lui annonce que sous peu tout le monde saura qui elle est, qu’elle a assassiné sa grand-tante dans les Cornouailles vingt-cinq ans auparavant. Un crime dont elle était innocente et dont elle fut acquittée, malgré la méchanceté de la femme de ménage de sa tante qui n’arrêta pas de prétendre que c’était elle la coupable.

Le policier chargé de l’enquête se laissa d’ailleurs influencer car dans ce petit village de Cornouailles, qui d’autre qu’une « étrangère » eût pu commettre ce crime. De plus, la jeune femme était la seule héritière de la vieille dame, ce qui ne jouait pas en sa faveur.

Acquittée, Alison reprit le courant de sa vie et, quelques quinze ans après toute cette affreuse affaire, recontra son actuel époux, un homme riche et influent qu’elle mit au courant avant le mariage. Depuis le couple vivait en paix, Fiona, la fille du premier mariage rendant régulièrement visite à ses père et belle-mère. Bien qu’elle ait vainement tenté de cacher l’existence des lettres anonymes à son époux, ce jour-là elle ne sera pas assez rapide et ne pourra brûler la lettre avant qu’il ne la lise.

Pendant que les époux Jenner sont confrontés à cette horrible situation qui épuise leurs nerfs, le superintendant Alan Marksby et sa fiancée, Meredith Mitchell se préparent à un agréable long weekend pascal qu’ils comptent bien passer dans le village où ils ont acquis le vieux presbytère. Ils ont hâte d’en commencer la restauration avant leur prochain mariage.

Le problème lorsqu’on est policier, c’est que des amis vous demandent parfois un « service » ; là c’est Toby Smythe, un collègue et copain de Meredith au Foreign Office, qui approche le couple. Pour Marksby, Smythe est une catastrophe ambulante, mais par affection pour sa fiancée il accepte de rencontrer ses cousins, il aimerait qu’Alan rencontre Jenner. L’homme d’affaires à la retraite ne veut pas traiter avec les sous-fifres de la police, cette histoire de lettres anonymes ne doit en aucun cas apparaître dans la presse, etc etc. Jenner est un homme habitué à être obéi, mais le superintendant n’est pas un homme à qui l’on donne des ordres. Toutefois, après discussion avec le couple et leur fille, après avoir compris les contraintes que traversent la famille, il accepte d’enquêter mais la destruction des lettres précédentes est évidemment un acte stupide.

Comme le couple est tout de même dans les Cotswolds pour passer un agréable moment, en dehors de cette « tuile » déposée par le catastrophique Toby, aussi Alan et Meredith s’arrêtent-ils afin de découvrir une petite affaire de jardinage où ils comptent acheter des meubles de jardin ; quelqu’un, là, les observe avec peu d’aménité, quelqu’un qui de toute évidence déteste la police même si elle n’est pas de service.

Marksby confie la recherche sur les lettres anonymes à sa nouvelle recrue, Jess Campbell, jeune détective qui a fait ses preuves, mais à peine l’étude du dossier a-t-elle commencé qu’un meurtre est commis dans la propriété des Jenner ; la fille de l’homme d’affaires a été assassinée pendant son jogging matinal et le criminel a disposé le corps exactement comme le fut celui de la tante d’Alison 25 ans auparavant. Non seulement le couple est effondré par ce meurtre, mais Alison est persuadée qu’on va tenter de le lui coller sur le dos d’autant plus qu’elle et sa belle-fille n’étaient pas de grandes copines. Pour Meredith, sa principale suspecte quant aux lettres anonymes disparaît ; pour la fiancée du superintendant, détective-amateur à ses heures, il ne faisait aucun doute que la jeune femme était l’auteur des lettres.

Bien vite, un autre crime va suivre, celui du fils du jardinier du domaine, un garçon à la vocation de « paparazzi », bien décidé à tirer profit des photos prises à la dérobée.

Le superintendant et sa détective n’ont guère d’indices, sauf le contenu du disque dur du jeune garçon assassiné de la même manière que Fiona ; comme le corps de cette dernière avait été transporté pour la macabre mise en scène, les enquêteurs tournent un peu en rond.

C’est le hasard qui mettra Meredith Mitchell involontairement sur le chemin de l’assassin et il lui faudra un fameux courage pour échapper au sort qu’il lui réserve, si elle y parvient ; de leur côté, le superintendant et Miss Campbell ont enfin découvert le petit indice nécessaire à résoudre l’enquête mais arriveront-ils à temps pour sauver Meredith confrontée à un véritable monstre. L’histoire va révéler un abominable secret de famille, remontant à vingt-cinq ans, dont les conséquences se retrouvent au présent.

Quand je pense qu’on me demande comment je peux vivre en ville ? Lorsque je lis un polar dont la trame est située dans l’un de ces romantiques et idylliques petits villages anglais, je suis réellement soulagée que mes voisins ne s’occupent guère de mes affaires. Car si le paysage est idyllique, l’ambiance elle est nettement différente ; tout le monde se mêle des affaires de tout le monde, puisqui’l n’y a guère d’autre distraction à se mettre sous la dent. Les esprits sont étroits, les commentaires souvent mesquins et les gens de la ville sont vraiment très mal vus. Considérés comme des « étrangers », ils ne sont guère acceptés au sein de la communauté, d’autant moins s’ils sont nantis et ne parlons pas des jalousies larvées à l’égard des jeunes femmes riches.

Dans cette nouvelle enquête du superintendant Alan Marksby et de sa fiancée, Meredith Mitchell qui aime bien jouer les détectives-amateurs, une fois encore on n’échappe pas à la règle : un village est vraiment une sorte de petite mare où dès que l’on remue légèrement la surface de l’eau, toute la boue remonte !

On trouve les mêmes ingrédients qu’au temps des romans policiers d’Agatha Christie : homme d’affaires à la retraite dans un magnifique domaine, remarié à une femme beaucoup plus jeune que lui ayant quelque chose à cacher, un enfant d’un premier mariage, des serviteurs peu amènes, pub dans le village où l’on se retrouve pour cancanner. De jolis paysages, des jolies maisons, mais que de lourds secrets derrière les façades.

L’écriture d’Ann Granger est simple et claire, très agréable à lire. Le roman est bien rythmé grâce aux dialogues, cela se lit vite jusqu’à la révélation finale qui s’avère ici un véritable héritage de pure haine donnant la chair de poule.

Le couple Marksby-Mitchell sont les personnages récurrents de cette plaisante série policière où le superintendant est un homme heureux en couple, bientôt remarié à une femme sympathique ; leur complicité est charmante et on espère qu’Ann Granger ne va pas tomber dans l’habituel cliché de faire en sorte que la vie privée du policier devienne un désastre ; il faut dire que son précédent mariage a été détruit à cause de son métier, on peut donc espérer que l’auteure ait décidé que le second soit plus heureux.