Tête baissée de Michael Frayn

Le dimanche 2 mars 2003 par Feline
Martin et Kate, deux universitaires, décident de quitter Londres et de se retirer dans leur maison de campagne avec leur nouveau né pour une durée de trois mois. Le but de cette retraite consiste pour Martin à enfin terminer son livre sur l’impact du nominalisme sur la peinture des Pays-Bas au quinzième siècle, loin de toutes distractions susceptibles de le détourner une fois de plus de son ambitieux projet.
Devenir escroc ne s’improvise pas
Hélas pour Kate, à peine arrivé, le voisin, un riche propriétaire, les attend. Il les invite pour un souper à la bonne franquette qui constituera le départ d’une suite d’aventures rocambolesques. En effet, l’invitation, loin d’être gratuite, a pour but de demander l’avis des deux experts sur un tableau de famille dont leur hôte souhaite se débarasser, sans passer par la filière légale. Si la peinture en question représente peu d’intérêt aux yeux de Martin, il en va tout autre d’un tableau, qu’il croit être un Bruegel, ignoré du monde artistique.
Le jeune universitaire tentera, à partir de cette découverte, de s’approprier le chef d’oeuvre présumé par tous les moyens sans avouer à quiconque ses sombres desseins. Non pour s’enrichir mais pour la gloire de dévoiler une oeuvre inconnue au grand public et de la remettre à un musée britannique. S’ensuivra une série de quiproquos au cours desquelles il risquera de perdre femme et enfant, où la voisine s’entichera de lui et surtout où l’on verra que l’escroc n’est pas toujours celui qu’on croit.
Comment font ces anglais pour faire de telles satyres de leur pays dans des romans prenants sur un rythme endiablé. Ce livre se lit d’une traite et garde le suspens magistral jusqu’au dénouement inattendu. Tout au long des pages, une question hante le lecteur : cette peinture est-elle de Bruegel ou non ? Le narrateur s’enfonce-t-il dans des situations impossibles pour une cause qui en vaut la peine ou va-t-il se ridiculiser ?
Pleins de rebondissements époustoufflants, ce roman est non seulement divertissant mais c’est aussi un roman instructif. Le lecteur suit les recherches de Martin et plonge dans le monde de l’histoire de l’art. Ce qui permet de découvrir la vie de Bruegel mais aussi de se remettre en mémoire bon nombre d’événements de l’histoire des Pays-Bas du seizième siècle. certains trouveront sans doute l’analyse du tableau et la recherche artistique parfois longue, mais, à mon humble avis, elle est utile et personnelement j’ai été passionnée.
Michael Frayn rejoint donc le cercle de mes écrivains anglais favoris, même si il est surtout connu pour ses pièces de théâtre. "Copenhague" et "Alarmes etc" ont, notamment, été jouées au Théâtre du Rideau à Bruxelles

