Testament à l’anglaise de Jonathan Coe

Testament à l’anglaise

Le lundi 10 octobre 2005 par Mario_Heimburger

En lisant « La maison du sommeil », j’ai trouvé l’idée intéressante et le style bon. J’avais donc enchaîné sur « Les nains de la mort », qui m’a laissé la même impression. Coe était alors classé comme les « auteurs qu’on peut lire », ce qui m’a fait acheté Testament à l’anglaise. Le livre était alors resté quelques années sur mon étagère.

Quand je l’ai emmené avec moi en vacances, c’était dans l’espoir qu’il me durerait une ou deux semaines... mais c’était compter sans la qualité du livre. Prenons l’aspect technique. Sur 670 pages, l’auteur y déploie toutes les formes de narration, toutes les formes de littérature ou presque, dans une alternance chaotique qui se lit comme un labyrinthe. On retrouve des personnages en arrière plan, puis on se rend compte que ces personnages, vivant leurs propres histoires, sont intimement liés à l’intrigue, selon un angle différent qui éclaire l’histoire d’une façon nouvelle.

L’histoire ? Celle d’un auteur (Michael Owen), qui est chargé d’écrire une histoire d’une famille, les Winshaw, en service commandé par l’une de ses représentantes, Tabitha, internée depuis des années dans un asile pour être écarté après qu’elle eut professé des accusations de fratricide à l’égard de son frère Lawrence. L’enquête de l’auteur révèlera tout le côté détestable de cette famille où personne n’est innocent.

Mais ce qui frappe le plus, c’est la facilité avec laquelle Coe tisse sa toile, y intégrant la crise de la sécurité sociale en Angleterre, le scandale des marchands d’armes en Irak et d’autres aspects d’une déliquescence ultralibérale menée cyniquement et à dessein par les « grandes familles »...

Et surtout, qu’il parvienne aussi simplement à intégrer la vie courante des protagonistes, dessinant deux clivages : les membres de la famille, et leurs victimes. Il montre aussi comment on peut causer des torts immenses, sans enfreindre la loi. Simplement en pliant les lois, en mesurant les risques et en acceptant parfois quelques déconvenues sans grandes conséquences... Cela fait froid dans le dos.

Ce qui aurait pu rester une satyre de la société se transforme toutefois en vrai roman policier, et surtout, en une chronique de l’ordinaire, où l’on passe des rires aux larmes en passant par la colère, ce qui n’est pas sans rappeler les meilleurs romans d’Irving. On est délicieusement manipulé au gré du récit, et finalement, il est très dur de lâcher le livre pour faire une pause...

Avec ce livre, qui fut pourtant son premier, Coe passe des « auteurs qu’on peut lire » aux « auteurs qu’il faut suivre ».