Te souviens-tu de Souliko’o ? de Jean Failler

TOME 1

Te souviens-tu de Souliko’o ?

Le vendredi 21 mars 2008 par Sheherazade

Après avoir été blessée lors de sa précédente enquête, Mary Lester est priée de prendre un mois de convalescence comme JiPi Fortin ; la différence avec Fortin est que le capitaine Lester n’a pas envie d’un mois de congé, mais soit si le commissaire divisionnaire Fabien l’exige, elle doit se plier à la hiérarchie.

Mary en profite donc pour retourner à Trébeurnou, charmant village du Finistère Nord, où elle sait pouvoir se reposer chez son amie Monette Charron, infirmière visiteuse. Seulement voilà, il y a des gens comme ça pour qui les vacances ne sont pas synonymes de repos (Hercule Poirot le sait bien lui aussi, où qu’il aille, le crime le suit !).

Mary Lester se rend bien vite compte que Trébeurnou n’est plus le sympathique village qu’elle a connu lorsqu’elle y venait chez son amie et la grand-mère de celle-ci. En effet, à Trébeurnou est venu s’installer un homme revenu d’Australie, un Hollandais que son père avait expédié aux antipodes en raison de son caractère ingérable. Comment l’homme a-t-il su qu’il y avait des terrains à acheter sur la côté nord de la Bretagne ? Mystère ... ou peut être pas puisque le frère de ce Julius Vanco est un membre important de la commission européenne.

Tout le monde semble trembler devant ce type, y compris Madame le Maire du patelin, à qui le capitaine Lester va cependant donner un peu de courage pour s’opposer aux menaces déguisées du bonhomme. D’autant plus qu’un vieil homme est déjà mort par le passé, après avoir subi les intimidations de Vanco.

Après avoir acquis une petite ferme toute simple, l’homme petit à petit a étendu « son domaine » ; il semble avoir la gendarmerie dans sa manche. En tout cas, dès son arrivée, Mary a maille à partir avec l’odieux personnage et la gendarmerie n’a guère l’intention de prendre sa plainte en considération. Mais l’attitude de Mary Lester redonne du courage au vieux couple, elle va même les soutenir dans leur opposition à l’assistante sociale qui veut les placer dans une maison de repos.

Pire, après avoir - comme à l’accoutumée - menacé sournoisement ses voisins, un couple de retraités dont Mary Lester a pris la défense, c’est elle qui se retrouve dans les problèmes jusqu’au cou, puisque le commissaire Fabien la convoque d’urgence à Quimper où elle fait l’objet d’un blâme sérieux de la part d’une instance supérieure de la police ; ensuite ce sont les R.G. qui s’en mêlent. Heureusement le divisionnaire connaît son capitaine, il sait qu’elle ne s’engage jamais à tort dans une cause, aussi la soutient-il tout en lui conseillant la prudence désormais. Elle peut aussi poursuivre son congé de maladie.

Sachant que l’homme est revenu d’Australie après y avoir passé près d’un demi-siècle, Lester s’adresse à Albert Passepoil, le génie de l’informatique du commissariat et lui demande - sous le sceau du secret - de faire quelques recherches. A la réception des informations, elle décide de poursuivre sa convalescence de l’autre côté du globe afin d’en savoir un peu plus sur le mystérieux passé de cet agriculteur qui empoisonne littéralement Trébeurnou.

L’intérêt d’avoir un virus qui empêche de fonctionner normalement, est que l’on peut lire jusqu’à plus soif ; la qualité des romans n’est pas nécessairement au rendez-vous des virus, car le cerveau ne fonctionne pas comme à l’accoutumée au niveau de la réflexion.

Heureusement, certains polars sont tellement prévisibles qu’on n’est même pas obligé de réfléchir pour les déchiffrer. « Te souviens-tu de Souliko’o » est de ces livres-là.

Jean Failler a repris la plume pour conter les aventures de Mary Lester, capitaine dans la police de Bretagne ; je suis épatée par les entourloupes que l’écrivain n’hésite pas à utiliser pour justifier le fait qu’il reprenne l’écriture à son compte et non plus à la première personne comme ce fut le cas depuis la 21ème de ses enquêtes, suite à la procédure que l’écrivain perdit face à une personne de très mauvaise foi qui s’était reconnue dans « Le Renard des Grèves » - elle aurait dû mieux lire, car le personnage auquel elle faisait allusion était plutôt positif, mais soit ! affaire classée !

Après cela, Jean Failler avait fait de grandes déclarations comme quoi il abandonnait l’écriture des polars avec ses personnages récurrents ; face à l’amicale pression des lecteurs, il reprit la plume comme si c’était Mary Lester qui écrivait ses aventures ; on a les excuses que l’on peut. Ici, nouveau retournement, puisqu’elle a été blessée, il reprend la plume. Tout cela est fort peu intéressant et totalement inutile pour capter l’attention des lecteurs. Ce style de circonvonlutions a réellement le don de m’exaspérer.

Revenons à « Te souviens-tu de Souliko’o ? ». Comme je le disais, la trame est complètement prévisible : Mary Lester s’empoigne avec le plus sale type du village, se met non seulement la gendarmerie à dos, mais aussi la hiérarchie policière et les R.G. qui sont des gens peu sympathiques. Elle doit à nouveau se battre contre la mauvaise foi et les menaces déguisées de la hiérarchie, heureusement elle est soutenue par son supérieur immédiat.

L’auteur aborde, comme dans la plupart des enquêtes de Lester, la Bretagne « bouffée » par les magouilles politicardes, les villages pleins de charme devenus la proie des spéculateurs fonciers, les installations quasi sauvages d’usines polluantes, empoisonnant le sol et les cultures locales. Là je comprends son combat car j’adore la Bretagne. J’y ai passé les plus belles vacances de ma vie pendant plus de dix ans et je n’ai qu’une envie : y retourner le plus rapidement possible ; je suis tombée à tout jamais amoureuse de la côte du Finistère sud, mais aussi des paysages de l’intérieur du pays. Bien sûr je déplore aussi qu’elle soit devenue tellement touristique au point que cela en dénature parfois le paysage, mais là bas ils sont contents d’avoir le tourisme, sauf peut être certains purs et durs auxquels je ne jetterai pas la pierre car je les comprends.

Mais tous ces thèmes, tous ces moulins à vent contre lesquels l’on se bat, étaient déjà abordés dans tous les autres polars de la série ; de plus en plus, on a l’impression que Jean Failler reprend les mêmes ingrédients et refait la même sauce, qu’il situe tout simplement dans une autre région de la Bretagne, avec les mêmes personnages aux mains sales que le capitaine Lester affronte au cours de ses enquêtes. Je ne retrouve plus, dans les polars de Mary Lester, l’originalité que j’y avais rencontrée et qui avait fait de moi une inconditionnelle de la série, que j’ai fait connaître à bon nombre d’amis. Ce sont eux qui désormais me prêtent les livres, car je n’ai plus envie de les acheter.

Ce premier tome de « Te souviens-tu de Souliko’o » n’a donc pas échappé à la règle, mais je lirai forcément le second volume car j’ai aussi envie de savoir le fin fond de cette histoire. On peut donc dire que c’est dans ces deux volumes que réside l’originalité de l’histoire, le suspense étant maintenu.

Je me dois toutefois de reconnaître que - comme dans les autres livres de la série - l’auteur décrit à merveille la beauté des paysages bretons, la rudesse ou la tendresse du climat. Là je retrouve immédiatement la Bretagne que j’aime.

Un autre article de MaBibliothèque.Net a été écrit sur ce livre : Te souviens-tu de Souliko’o ?


  • Te souviens-tu de Souliko’o ?  26 novembre 2008, par Catherine
    Vous écrivez : "Après cela, Jean Failler avait fait de grandes déclarations comme quoi il abandonnait l’écriture des polars avec ses personnages récurrents " D’où tenez-vous cette information ? A l’époque, j’ai suivi l’affaire de très près. Jean Failler n’a jamais rien dit de tel !
    Répondre à ce message