Sunne in Splendour de Sharon Kay Penman

Sunne in Splendour

Le vendredi 11 février 2005 par Sheherazade

Richard III, qui grâce à Shakespeare et aux Tudors, est considéré par beaucoup comme l’un des rois les plus ignobles de l’histoire d’Angleterre, trouve enfin ici une auteure qui défend sa cause dans un très joli roman historique.

Totalement mal jugé déjà à cause de sa malformation physique (il était légèrement bossu et non le vrai méchant bossu des contes), peu apprécié de sa mère qui préférait de loin son superbe aîné Edward, héritier du trône, le jeune Richard d’York, duc de Gloucester, admirait particulièrement ce frère aîné à qui il avait juré fidélité absolue. Hélas Edward, de brillant jeune roi guerrier, se transformera rapidement en roi paillard. Il voulait la jeune veuve Elisabeth Woodville et fit tout pour la conquérir, ce qui l’arrangeait bien puisqu’elle voulait le trône.

Richard était le plus intelligent des fils York, celui qui apprenait plus vite et mieux que les autres, qui était aussi le plus loyal. La famille d’York connut des fortunes diverses, du trône à l’exil après la mort du père. Son affection pour la douce Anne Neville était sincère, les jeunes gens se connaissaient et s’appréciaient depuis l’enfance ; les méandres de la politique les séparèrent pour un temps puis les réunirent à nouveau, jusqu’à la mort d’Anne.

On croise tous les personnages de la Guerre des Deux Roses, période troublée de l’Angleterre, souvent livrée aux guerres civiles. Le roman est parfois complexe, en raison des noms des personnages, par exemple Warwick que l’on surnomma plus tard "le faiseur de rois", s’appelait aussi Richard Neville. D’autres détails de ce genre doivent être suivis de près, si l’on veut ne pas perdre le fil de l’histoire.

L’auteure américaine, Sharon Kay Penman a fait un superbe travail de recherches afin de prouver que, contrairement aux affirmations de Shakespeare et des Tudors, Richard III n’a pas usurpé le trône d’Angleterre, il lui revenait de droit. Tout comme il n’a pas assassiné les enfants d’Edouard qui étaient confiés à sa tutelle ; ceux-ci furent effectivement assassinés, mais ce ne fut jamais sur l’ordre de Richard III.

Il n’est pas question ici de transformer Gloucester en héros sans peur et sans reproches, l’époque était troublée, les intrigues de cour étaient multiples et courantes, des erreurs étaient commises de toutes parts, même de la part de Richard. De toute façon, dès qu’il perdit la bataille de Bothworth, il n’était plus de l’intérêt de ceux qui soutenaient les Plantagênets de continuer dans cette voie s’ils tenaient à la vie, du coup tout le monde accepta les théories du vainqueur et Richard III devint le monstre que l’on sait.

Ce roman, aussi épais que "Pillars of the Earth" de Ken Follett ne se lit pas rapidement, mais est absolument passionnant. Luttes pour le pouvoir, cupidités, jalousies, amours, tout y est pour passer d’excellents moments de lecture. D’aucuns diront que c’est l’histoire vue "par le petit bout de la lorgnette", mais peu importe.

Pour la petite histoire, le manuscrit de " Sunne in Splendour " fut volé peu après qu’il fût terminé et Sharon Kay Penman n’en possédant pas de copie, elle se remit à l’écrire sans hésiter. Après le succès de ce premier roman, elle décida de se consacrer complètement à l’écriture.

Tous ses romans historiques font toujours l’objet d’une documentation très précise de la part de cette ancienne avocate, spécialiste des impôts. Elle est également l’auteur d’une sympathique série de polars historiques situés à l’époque d’Alienor d’Aquitaine.