Sulak Sivaraksa, Les croisades d’un bouddhiste engagé

Sulak Sivaraksa, Les croisades d’un bouddhiste engagé

Le dimanche 11 septembre 2005 par Sheherazade

Présent aux journées de l’Université d’été du Bouddhisme à Bruxelles ces 3 et 4 septembre, Sulak Sivaraksa a frappé tous les participants par la force de son discours, par son engagement total dans la vie sociale de son pays, la Thaïlande, qu’il préfère d’ailleurs appeler de son nom d’origine : le Siam. A plus de 70 ans, ce petit homme plein d’énergie vitale continue infatigablement à participer à des conférences afin de faire connaître son mouvement engagé dans la lutte pour la démocratie et les droits humains, afin de prouver aux détracteurs du bouddhisme qu’il ne s’agit pas uniquement d’une mode pour de doux rêveurs ou des artistes de cinéma.

Sulak Sivaraksa naquit en 1933, fit ses études en Angleterre avant de retourner en Thaïlande au début des années 60 afin d’être conférencier aux universités de Thammasat et Chulalongkorn.

En 1963 il fonda la revue des Sciences Sociales, qu’il édita pendant six ans ; cette revue devint l’une des plus publications intellectuelles les plus influentes du pays et selon de multiples témoignages, la revue joua un rôle important, voire crucial, dans la prise de conscience du mouvement étudiant qui eut pour conséquence le renversement du régime militaire en 1973.

Il est un activiste critique, non seulement inspiré par le bouddhisme mais également par la pensée du Mahatma Gandhi et des Quakers ; il est l’une des figures essentielles du mouvement connu sous le nom de BOUDDHISME SOCIALEMENT ENGAGE.

La démocratie et les droits de l’homme, de même qu’un gouvernement responsable, sont au centre de l’œuvre de Sivaraksa ; de plus la prise de conscience de milliers d’autres personnes dans d’autres pays sont également l’une de ses préoccupations. Il a notamment participé à l’accueil de réfugiés birmans en Thaïlande et est en grande partie responsable de l’Université de la jungle destinée aux étudiants birmans réfugiés.

Ensemble, avec ses étudiants, Sulak Sivaraksa joue un rôle fondamental dans la mobilisation de la société civile thaïlandaise ; il est le fondateur du mouvement indigène NGO, mouvement qui a pour but l’aide humanitaire et le développement d’organisations implantées dans la société thaïlandaise.

Deux aspects principaux de ses organisations sont :- 1. le rejet de la consommation à outrace comme nous la connaissons dans les pays occidentaux, en donnant la préférence au développement d’une culture indigène. 2. mettre en évidence la dimension spirituelle de la vie humaine, bien implantée dans sa propre sensibilité de bouddhiste.

Ses écrits, ses discours, tant dans son pays qu’à l’étranger, de même que son engagement actif et ses initiatives ont éveillé l’intérêt mondial pour ses concepts de développement. Son activisme social l’a toutefois à plusieurs reprises mis en conflit avec les autorités thaïlandaises.

En 1976, il dut fuir le pays lors d’un de ses plus sanglants coups d’état et en 1984, son livre « Unmasking Thai Society » lui valut de passer en jugement pour accusation de lèse-majesté ; à la suite d’un procès qui dura quatre mois, le roi en personne intervint afin que les charges soient retirées ; cependant le junte militaire reprit les mêmes charges contre Sivaraksa lors d’un discours à l’université. Il fut finalement acquitté en 1996. C’est également à la fin de cette année là qu’on lui attribua le “ Right Livelihood Award », également connu sous l’appellation d’ « Alternative Nobel Prize ».

Entretemps, l’infatigable Sivaraksa a développé deux nouvelles initiatives : un réseau international sur les alternances au consumérisme, dont le but est de proposer des alternatives aux modèles occidentaux en y apportant une dimension spirituelle. L’autre initiative est le développement d’une nouvelle université en Thaïlande afin d’explorer une autre approche aux modes éducatifs actuels.

Sulak Sivaraksa porte un regard un peu ironique sur le bouddhisme tel que le conçoivent les Occidentaux ; pour lui c’est plutôt un moyen d’échapper au réel par la méditation et il souhaiterait plus d’engagement dans cette partie du monde. Pour lui le bouddhisme est un processus de questionnement incessant, vis à vis de soi, des autres, de la société ; pour lui l’introspection doit mener à l’engagement et au combat pacifique.

Il est un auteur prolifique, ayant publié une centaine d’ouvrages dont quelques-uns ont été traduits en anglais et en néerlandais. Notamment le célèbre « SEEDS OF PEACE : A BUDDHIST VISION FOR RENEWING SOCIETY ».

Dans son exposé au cours de l’une des journées de l’université d’été du bouddhisme à Bruxelles, il a exposé la méthodologie à adopter pour libérer notre vie de toute souffrance (la duhkha comme la nomment les bouddhistes). Le bouddhisme nous enseigne comment vivre avec sagesse et en pleine conscience dans le respect de l’éthique ; cet apprentissage s’applique non seulement à notre vie personnelle mais aussi - et surtout - à notre manière d’interagir avec le monde.

Cela nous met dans l’obligation de regarder en face et de réagir aux causes des abus du capitalisme et du consumérisme à outrance. Les enseignements du bouddhisme visent à répondre aux interrogations liées à l’engagement social, à nos obligations et responsabilités, à examiner les racines sociales de l’avidité, de la haine et de la désillusion, à savoir la pauvreté, le désespoir, la détérioration de l’environnement, la pollution, etc.

Pour mieux connaître ce petit homme plein d’énergie positive et de volonté d’un monde meilleur, voir le site www.sulak-sivaraksa.org