Sueurs Froides (D’Entre Les Morts) de Boileau Narcejac

Le roman qui a inspiré à Alfred Hitchcock son magistral « Vertigo » (Sueurs Froides)

Le samedi 6 novembre 2010 par Sheherazade

Paris, à l’aube de la deuxième guerre mondiale. Roger Flavières est devenu avocat suite à un accident professionnel ; un jeune collègue est mort parce que lui, Flavières, sujet au vertige, n’a pu poursuivre le suspect sur les toits. Le collègue s’est écrasé en bas pendant que Flavières restait là, incapable de bouger, paralysé par la peur du vide.

Un ancien camarade de la Faculté de droit l’a retrouvé ; les deux jeunes gens n’ont jamais été réellement amis, l’un est imbu de sa personne, l’autre Flavières est timide, surtout avec les femmes. Depuis son mariage avec un riche héritière, Gévigne a pris de l’assurance.

C’est justement à propos de ce mariage que Gévigne contacte Flavières : depuis quelque temps, le comportement de son épouse, Madeleine, l’inquiète ; il souhaite que Flavières la suive. Non pour une sordide affaire extra-conjugale, mais il semblerait plutôt que Madeleine ait des « absences », elle semble s’identifier de plus en plus à Pauline une aïeule qui se suicida.

Roger Flavières commence donc sa filature ; la très belle jeune femme le fascine littéralement et il en tombe secrètement amoureux. D’un amour qu’il n’osera jamais exprimer puisqu’il n’est là que pour la suivre... Jusqu’au jour où Madeleine se jette dans la Seine et Roger la sauve de la noyade. Dès lors, il pourra la « suivre » de tout près, rester à ses côtés, s’emplir d’elle et de son envoûtant parfum, de sa grâce fragile. Elle a effectivement des moments de profonde mélancolie. Un jour elle insiste pour visiter un village qu’elle ne connaît pas ; sur place, la jeune femme est prise d’une crise et se précipite dans le clocher de l’église ; pour l’avocat le cauchemar recommence, il ne ne peut la suivre jusqu’en haut et Madeleine se jette du haut du clocher.

Roger Flavières disparaît, la guerre est déclarée, il ne reviendra en France qu’à la Libération. L’image de Madeleine le hante encore et toujours ; soudain, dans un cinéma il croit la revoir au bras d’un homme, mais est-ce Madeleine ou seulement le reflet de son obsession ?

Pas étonnant que ce polar des maîtres du genre, Pierre Boileau & Thomas Narcejac, ait inspiré à Alfred Hitchcock le scénario de son célèbre « Vertigo ». Même si les lieux, l’époque et certains personnages ont été modifiés, le canevas du scénario ressemble à s’y méprendre à cette histoire d’un amour obsessionnel, un peu comme le mythe d’Orphée et d’Eurydine auquel il fait allusion à un certain moment.

Le personnage de Madeleine paraît complètement irréel, evanescent ; celui de Flavières par contre est bien réel avec sa peur viscérale du vide, son obsédant sentiment de culpabilité, il est rendu émouvant et fragile par sa fascination pour la jeune femme dont il aime plus l’image que la personne réelle, dans une histoire qui ne peut que finir dans les larmes de la mort.

Dans la seconde partie du roman, l’ambiance devient bien plus sombre, plus glauque aussi ; désormais entre Flavières et celle qui est le portrait de Madeleine, il existe un lien charnel qui le dégoûte, et par là même salit l’image de l’aimée.

«  D’Entre les Morts » est le type d’histoire qu’on n’arrive pas à lâcher ; les personnages sont vivants, réels aux yeux du lecteur ; on les « voit » devant soi, l’une avec son obsession de mort, l’autre avec son obsession de l’image d’une femme irréelle. Bien sûr, le fait d’avoir vu le film d’Hitchcock biaise un peu la lecture, c’est inévitable. Mais c’est un roman qui passionne de bout en bout, parce que l’on sait qu’il ne peut mener qu’au drame.

A côté de l’aventure de Flavières et Madeleine, on assiste en spectateur à la guerre qui arrive, au même pas finalement que le drame des protagonistes. Lentement, mais inéluctablement.