Strangers in Death de J.D. Robb

Strangers in Death

Le lundi 28 avril 2008 par Sheherazade

Lorsque le cadavre du milliardaire Thomas A. Anders est retrouvé dans une situation semblant ne laisser aucun doute sur le fait qu’il s’agisse de jeux sexuels ayant mal tourné, il n’y a en principe aucune raison pour le lieutenant Eve Dallas d’avoir un doute ; cependant au vu de ce que révèle l’autopsie, le doute s’insinue en elle.

Lorsqu’il est prouvé que la victime était sous l’effet de tranquilisants, pour le lieutenant le meurtre ne fait aucun doute.

Lorsqu’elle entreprend son enquête, tous les témoignages concordent, le mort était un type bien, dont la fondation sportive s’occupait d’enfants de milieux défavorisés, son épouse elle-même étant impliquée dans plusieurs de ces actions charitables. De plus, son neveu qu’il a élevé comme son fils ne tarit pas d’éloges sur cet oncle généreux. D’ailleurs personne ne tarit d’éloges sur le millionnaire. Hélas, la presse s’empare de l’affaire, mettant bien sûr l’accent sur l’aspect dégradant du crime. L’épouse de la victime est complètement dévastée, elle est entourée d’amis du couple qui sont protecteurs à son égard et pourtant ... Peu à peu cette icône se fissure un peu car c’est surtout le mari qui était apprécié ; certaines personnes, moins amies de la jeune femme, la décrivent comme plutôt ambitieuse, très compétente, mais un rien arriviste, finalement assez froide.

Dans le témoignage de l’épouse, il y a quelques petits détails qui étonnent le lieutenant. Dallas a réellement le sentiment que la veuve éplorée joue la comédie. C’est un sentiment imperceptible, mais dans ses tripes elle est convaincue que la coupable est l’épouse. Ne dit-on pas « cherchez la femme » ? Alors Dallas et son équipe vont chercher et chercher encore, mais hélas pas de témoins, rien de concret. Peut-être se trompent-ils tous finalement.

D’autre part, le détective Baxter, faisant partie de l’équipe du lieutenant se débat aussi dans une histoire de meurtre, à connotation sexuelle et dont on n’arrive pas non plus à trouver le ou la coupable. Ici aussi l’épouse a été soupçonnée mais sans succès car vu la manière dont le mari fut tué, l’épouse ne peut en aucun cas être la coupable, malgré les raisons qu’elle aurait eues de tuer un mari qui la maltraitait. Bref, ce qu’on appelle en anglais « a cold case », une affaire à classer sans suite. Et le lieutenant Dallas déteste les affaires à classer « sans sute ».

Qu’est ce qui fait que, bien qu’un livre ne soit pas particulièrement bien écrit, qu’il reprenne une recette assez éculée tant elle a été utilisée, et pourtant on n’arrive pas à lâcher le bouquin ?

Dans ce cas-ci ce fut totalement dû à l’intrigue concoctée par J.D. Robb (pseudo de l’écrivaine américaine Nora Roberts). Cette intrigue est passionnante de bout en bout ; il n’y a pas un temps mort, on se demande vraiment si Eve Dallas se trompe ou si ses soupçons sont fondés. Un peu comme les enquêtes du lieutenant Columbo, où l’on connaît le coupable dès le départ et tout le reste du téléfilm consiste à montrer comment le lieutenant va découvrir le coupable.

A part donc cette passionnante intrigue, le livre est tout sauf un chef d’œuvre ; les personnages récurrents sont pareils à eux-mêmes mais cette fois il y a moins d’humour que dans les autres romans de la série dont cet ouvrage est le 26ème. Cela commence à ressembler un peu aux polars de Mary Higgins Clark : mêmes ingrédients afin de concoter une même sauce.

Ici la sauce prend parce qu’il s’agit d’une procédure policière bien menée, autour de deux enquêtes similaires mais où, malgré certains indices, il est impossible de prouver quoi que ce soit. Le roman est une sorte d’hommage à Patricia Highsmith et au film d’Alfred Hitchcock « Strangers on a Train ».

Bref, j’ai terminé ce livre en un jour et une nuit, parce qu’un rhume carabiné m’a gardée au lit pendant deux jours, c’est ma seule excuse.