Strange Affair de Peter Robinson

Strange Affair

Le samedi 12 avril 2008 par Sheherazade

Alan Banks, dans un flat meublé généralement réservé aux vacanciers, se remet difficilement de l’attentat dont il fut victime (voir « Playing with Fire »), après qu’on ait mis le feu à son joli cottage. Il a bien failli y rester si ce n’avait été pour la présence d’esprit de son assistante, le sergent Annie Cabbot.

L’inspecteur en chef a sombré dans une dépression, dont il commence à peine à émerger ; la perte de tout ce qui fut sa vie : photos de sa famille, vidéos de ses enfants lorsqu’ils étaient petits, ses livres, ses disques, tout est parti en fumée. L’homme qui n’est déjà pas très causant naturellement, s’est replié sur lui-même, refusant de discuter avec Cabbot qui sait sa part de responsabilité dans cette sinistre affaire d’incendies criminels.

Aussi, lorsqu’il reçoit, de son frère Roy établi à Londres, un message lui demandant de l’aide, message dans lequel son cadet parait assez inquiet, notre inspecteur en chef décide-t-il de mettre son congé de maladie à profit pour rejoindre la capitale et voir de quelle manière il peut l’aider. Arrivé à Londres, point de frère dans l’appartement, point de message et qui plus est l’alarme n’était même pas branchée ; selon un voisin, Roy Banks aurait quitté son domicile en compagnie d’un homme. D’après l’heure donnée par ce témoin, cela semble s’être passé peu après le message à son aîné. Ce qui étonne encore plus le superintendant, c’est qu’il n’y a plus d’ordinateur, mais par contre son téléphone portable est toujours là ; or son frère était un vrai fana des technologies modernes.

Banks commence donc à rechercher, à l’aide des noms dans le cellulaire, des personnes susceptibles de l’aider à retrouver son frère. Parmi eux se trouve Burgess, qui reconnaît un personnage peu reluisant sur une photo trouvée par l’inspecteur ; Roy serait-il à nouveau lié à un trafiquant d’armes ? Les témoignages sur son frère sont fort contradictoires, mais pour son ex-petite amie et d’autres amis, Roy Banks était réellement un type bien qui nourrissait une grande admiration pour son frère. Première nouvelle pour Banks, car son frère et lui n’étaient pas exactement de grands copains, l’inspecteur nourrissant une certaine rancune à l’égard de ce cadet, chouchou des parents.

Pendant ce temps, à Eastvale, le sergent détective Annie Cabbot enquête avec le superintendant sur le meurtre d’une jeune femme, venue de Londres, qui avait dans la poche de son jeans l’ancienne adresse d’Alan Banks. Quelle est l’implication de Banks dans cette affaire ? Il va donc falloir au sergent Cabbot de le retrouver à Londres puisqu’il devient un témoin dans une affaire criminelle.

A Londres les choses ne se passent pas aisément avec Banks qui refuse d’abandonner les recherches concernant son frère, or très rapidement il ne fait aucun doute que le meurtre de la jeune femme trouvée à Eastvale et la disparition de Roy Banks sont liés. Une disparition qui au bout de 48 heures va trouver sa conclusion malheureuse dans la découverte du cadavre du frère de l’inspecteur.

Grâce à la liste des noms du téléphone portable, Annie Cabbot va poursuivre l’enquête sur la jeune femme assassinée à Eastvale mais dont la vie était à Londres, travaillant dans un centre de planning familial fort sérieux venant en aide aux femmes désireuses d’ avorter mais aussi à celles préférant faire adopter leur enfant.

Les indices découverts par la jeune détective pour l’enquête officielle, et ceux que l’inspecteur en chef va découvrir officieusement, se recoupent et ce n’est vraiment pas joli-joli, le trafic d’êtres humains est certainement le pire constat dans notre société.

Une fois encore, une enquête de l’inspecteur en chef de la police d’Eastvale dans le Yorkshire qui passionne de bout en bout.

On quitte temporairement les Dales pour se retrouver dans la capitale britannique, dans le monde glauque de la prostitution et du trafic des filles venues de l’Europe de l’est.

Comme à l’accoutumée, Alan Banks est mélancolique, prenant des distances avec tous et plus particulièrement avec son assistante qui fut brièvement sa maîtresse ; ces deux-là n’arrivent guère à faire la paix et leurs relations tendues n’aident vraiment pas à améliorer l’ambiance d’un déroulement d’enquête criminelle, ce qui en soit n’est déjà pas une partie de rigolade.

Par ailleurs, dans la banlieue populaire de Londres vivent les parents Banks et les relations entre le fils aîné ne sont pas plus aisées, car les parents dissimulent mal le malaise que leur cause son métier, pour le père surtout la police représente tout ce qu’il déteste dans le pouvoir et ses abus. Et que son fils tente de lui faire comprendre que lui il ne « casse » pas les grèves mais recherche des assassins n’y change pas grand-chose.

On retrouve également le détective Kevin Templeton, toujours persuadé que toutes les femmes sont folles de lui, pour qui le statut passe nécessairement par de belles voitures et des costumes griffés et sa collègue Winsome, superbe jeune femme noire, nettement plus intelligente que lui et qui ne s’en laisse guère conter par ce collègue prototype du macho.

Londres et ses multiples milieux, ses endroits glauques ou huppés, ses personnages cosmopolites, corrompus ou honnêtes, défilent sous les yeux du lecteur grâce à la plume habile de l’auteur, Peter Robinson, qui s’est également engouffré dans la brèche ouverte de la fin du bloc communiste et la corruption des mafieux en tous genres débarquant de Russie ou Roumanie. Sans oublier le côté émotionnel de la misère humaine, des filles à qui l’on fait miroiter un avenir splendide et qui se retrouvent sur le trottoir dans l’indifférence des nantis et ceux qui se servent d’elles.

Comme toujours, un roman policier dense au niveau humain, passionnant au niveau de l’enquête et des procédures policières souvent fastidieuses avant d’arriver à la vérité.