Smoke In The Wind de Peter Tremayne

Smoke In The Wind

Le vendredi 10 août 2007 par Sheherazade

A la fin de leur aventure au pays de Laigin, Fidelma de Cashel, laissant parler son cœur, a impulsivement sauté dans le bateau qui devait emporter Eadulf de Seaxmund’s Ham vers Canterbury. En cours de route une tempête a forcé leur bateau à s’arrêter en Cymry (l’actuel Pays de Galles). Le bateau est reparti sans nos amis, car l’aide Sœur Fidelmaen qualité de « dalaigh » a été sollicitée par le vieux roi de Cymry afin d’enquêter sur la mystérieuse disparition d’une communauté religieuse. Oui, une entière communauté, y compris le bétail et des objets religieux.

Dans ces contrées superstitieuses, on évoque bien vite le surnaturel, mais il en faut plus que cela pour surprendre Fidelma. Elle accepte donc cette enquête avec Eadulf (a-t-il seulement le choix d’ailleurs ?).

En cours de route, leur guide le frère Meurig leur parle de l’enquête qu’il doit effectuée pour le chef local : une jeune fille a été violée et tuée ; d’après un témoin, le seul coupable serait un jeune berger, légèrement simple d’esprit. Curieuse comme toujours, le petite religieuse-avocate irlandaise fourre aussi son nez dans cette enquête-là ; après interrogatoire, elle est convaincue que le berger est innocent mais le chef local l’engage vertement à se mêler de ses propres affaires, à savoir seulement de l’enquête confiée par le roi, et de cesser de s’occuper de ses affaires à lui.

Eadulf et Fidelma arrivent enfin à cette abbaye où tout a disparu comme par enchantement. Tous les commentaires dans le pays accusent des pirates saxons et l’hostilité à l’égard du compagnon de la jeune Irlandaise - un moine saxon - est évidente. Bien des années auparavant les Saxons conquirent le pays, pillant, massacrant à tour de bras. Les Britanniques n’ont guère oublié ces temps d’horreur. Pourtant certains signes ne trompent guère la futée petite religieuse, ni son compagnon.

Bien que les deux enquêtes soient totalement indépendantes l’une de l’autre, elles s’entrecroisent par des hasards et la présence de certains personnages sur les mêmes lieux. Lorsque leurs existences mêmes sont menacées par un brigand et son bras droit, nos enquêteurs commencent à soupçonner un complot qui va bien au-delà des raids de pirates ou de brigands.

Fidelma et Eadulf résoudront par la même occasion l’enquête commencée par le frère Meurig.

Le livre fait ressortir tous les préjugés que les populations éprouvent à l’égard des Saxons, et à juste titre. Pour le frère Eadulf cette enquête est éprouvante moralement car bien qu’il soit un religieux, élevé en Irlande, les populations galloises le méprisent en que Saxon.

Une fois encore Sœur Fidelma et Frère Eadulf mènent une enquête passionnante, mais cette histoire-ci m’a beaucoup plus intéressée par son côté historique que par la partie purement « polar ».

Effectivement Peter Tremayne qui connaît bien l’histoire des Celtes d’Irlande et de Grande Bretagne apporte ici de nombreux détails relatifs à la présence des Saxons qui supplantèrent les Britanniques (Celtes de Grande Bretagne) avec l’aide des Angles. Il reste bien peu d’endroits que les Saxons n’aient pas tenté de conquérir à l’époque où se situent les enquêtes de Fidelma de Cashel.

Les Britanniques furent repoussés vers l’est du pays à la suite des invasions sanglantes et répétées des Jutes, Angles et Saxons ; ainsi se créa le Pays de Galles (le pays du Welisc, c’est-à-dire « l’étranger » en langue saxone). Seuls les contrées de Cornouailles, le Devon et le Cumberland demeuraient totalement Celtes à cette époque.

Le livre montre bien - par quelques touches subtiles et répétées - les méfiances que les peuples d’origines différentes ont à l’égard les uns des autres, ne fut ce que par la surprise témoignée lorsqu’on parle leur langue. La tolérance n’est pas encore de mise, malgré les sentiments religieux ; il est vrai qu’il est difficile de pardonner parfois lorsqu’on a vu sa famille être massacrée.

Bref des intrigues policières passionnantes et un contexte historique fort intéressant.