Sinouhé l’Égyptien de Mika Waltari

The Egyptian

Sinouhé l’Égyptien

Le mardi 21 septembre 2004 par Sheherazade

Roman épique redonnant vie à l’Egypte du 14ème siècle avant notre ère, à l’époque du pharaon Akhnaton qui espérait introduire un dieu unique et fut assassiné par les prêtres d’Amon soucieux de leurs privilèges. Au seuil de la mort, dans son lointain exil, Sinouhé qui fut médecin à Thèbes, relate les événements de son existence qui l’ont conduit à cet exil définitif, semblable à la mort.

Son récit débute par beaucoup de tristesse et ce qu’il a vécu lui laisse une immense amertume à l’égard des hommes, des rois et des dieux. Sinouhé n’a plus rien, il est devenu plus pauvre d’entre les pauvres après avoir connu gloire et richesses, ainsi que la faveur de pharaon Akhnaton qui l’honorait de son amitié. Après avoir été adulé, le médecin se retrouve banni pour ne pas avoir accepté de renier ce en quoi il croyait.

Au travers de son journal, le lecteur s’embarque et suit Sinouhé dans une aventure pleine d’amours, d’amitié, de trahisons, de guerres et de mort à travers le bassin méditerranéen, de Thèbes à Babylone, en passant par la Crète et Jerusalem.

Il fut trouvé enfant par la femme d’un médecin des pauvres, flottant sur le Nil dans une petite barque de roseaux. Pour ces deux êtres simples et généreux, sans enfants, ce bébé est un présent divin et ils l’adoptent immédiatement. Son enfance sera heureuse au village, où il suit l’école d’un vieux scribe pour ensuite suivre les traces de son père comme médecin.

Les femmes joueront un rôle important, voire primordial dans la vie de Sinouhé. La sulfureuse courtisane NeferNefer le conduira à la ruine et à un premier exil ; il suivra la jolie danseuse crétoire Minea jusqu’en Crète ; la tendre et voluptueuse Merit partagera sa couche et lui donnera un fils.

Dans son premier exil, le jeune médecin fait la connaissance d’Horemeb, général de l’armée de Pharaon. En revenant à Thèbes, Sinouhé devient le chirurgien d’Akhnaton qui tente d’introduire le monothéisme dans une Egypte qui n’est pas prête à cela. Les prêtres et l’armée feront tout pour détruire la "Cité de l’Horizon d’Aton". Horembeb et Akhnaton ne sont pas les seules figures amies du médecin ; il y a Thotmès aussi, l’ami d’enfance dont le rêve est d’être artiste dans une Egypte où il est de bon ton d’être dans l’armée ; sans oublier Kaptah, le serviteur avisé et roublard qui le suivra aussi longtemps qu’il le pourra, qui est à mes yeux, l’un des personnages les plus intéressants du roman.

Lorsqu’Akhnaton mourra de la main d’Horemeb, Sinouhé échappera de peu à la mort pour avoir refusé de renier ses idéaux ; l’ancien ami, devenu pharaon, l’exilera définitivement de Thèbes en raison des propos séditieux tenus par le médecin royal.

Le ton de ce roman est clair et vivant. C’est un énorme pavé qui se lit cependant d’une seule traite ; il ne contient quasi aucune longueur. Il est bien écrit à la première personne comme les récits égyptiens anciens et pourtant ne donne jamais une impression de désuétude.

Bien avant les romans de Christian Jacq, Guy Rachet, Violaine Vanoyecke ou Pauline Gedge, il y a eu ce formidable et vaste roman, riche en rebondissements, de l’écrivain finlandais Mika Waltari.

Déjà avant la deuxième guerre mondiale, Waltari avait écrit une pièce de théâtre consacrée à Akhnaton , pharaon visionnaire, de même qu’un poème sur les mystères de l’amour et la jeunesse éternelle en Egypte ancienne.

Dès sa publication aux Etats Unis en 1949 "the Egyptian" échauffa les esprits et fut condamné pour obscénité (on croit rêver !). Il est vrai que dans le prologue du roman, l’écrivain (par la bouche de son héros) fustige grands du monde et religion ; j’imagine que c’est cette entrée en matière peu conventionnelle pour l’époque qui a fait avaler de travers les ligues bien pensantes de l’Amérique qui aime tellement à avoir des idoles.

Cependant, cette même année le roman connut un succès énorme auprès du public. Il est désormais considéré comme un classique du roman historique, quoique la partie romancée prenne le pas sur le contenu historique.


  • Sinouhé l’Égyptien  21 mai 2008

    J’ai lu beaucoup de livres de C Jacq, avant de m’en lasser parce que c’était un schéma classique et répétitif : d’un côté, le bien, et de l’autre le mal. D’un coté, l’amour parfait, de l’autre, la haine.

    Puis j’ai découvert Sinouhé l’Egyptien. J’ai adoré ce livre pour son réalisme, l’auteur n’a pas peur de montrer le monde avec sa cruauté et ne pas nous l’embellir par l’amour ou tous les artifices possibles.

    J’ai cependant moins apprécié le 2e tome, j’y ai moins senti la progression du héros...

    Mais ce n’est pas grave, j’adore ce livre et je le conseille à tout le monde, il est GENIAL


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  • Sinouhé l’Égyptien  20 novembre 2005, par Ystielle

    Je l’ai lu, il y a bien longtemps, et en ai gardé un excellent souvenir.

    A cent lieues au-dessus des Christian Jacq et autres Violaine Vannoyeke, si je puis me permettre.


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  • > Sinouhé l’Égyptien  10 octobre 2004, par zadig
    Bonsoir, je vous remercie de votre présentation de ce Livre. On me l’avait prété il y a une vingtaine d’années et par la suite j’ai voulu lire des ouvrages similaires qui ont fini par me tomber des mains tellement je les ai trouvés inferieurs. Votre critique m’a convaincu de l’acheter et de le relire même si cela doit faire un peu plus déborder ma bibliothèque !
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    • > Sinouhé l’Égyptien 4 février 2005, par bastet

      je viens seulement de découvrir votre sympathique commentaire à ma critique.

      je suis toujours profondément touchée lorsqu’une de mes petites critiques donne envie de lire le livre dont j’ai parlé ; c’est un bel honneur que l’on me fait et certainement un hommage à l’écrivain dont j’ai parlé ;

      Encore merci


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