Sans foi ni loi de Karin Slaughter

Faithless

Sans foi ni loi

Le vendredi 10 août 2007 par Sheherazade

Alors qu’ils se promènent en discutant - ou plutôt en se disputant - de leur probable re-mise en ménage, le couple formé par la pédiatre Sara Linton et son ex-époux, le chef de police Jeffrey Tolliver de Grant County dans le sud des Etats-Unis, tombe littéralement sur le corps d’une très jeune fille, enfermée dans un cercueil rudimentaire d’où émerge un tuyau afin de lui permettre de respirer. Seulement, la jeune fille ne respire plus et depuis longtemps, et pour la bonne raison qu’elle a été empoisonnée au cyanure.

Commence alors une difficile enquête afin de découvrir qui peut-être cette fille morte de manière aussi horrible ; s’agit-il d’un crime isolé ou un tueur en série est-il ici à l’œuvre ?

Lorsque l’un de ses adjoints découvre enfin l’identité de la morte, il s’avère qu’elle vivait dans une ferme-communauté religieuse, qui ressemble plus à une secte qu’une religion officielle, où tout un chacun est le bienvenu, quel que soit son passé, quelle que soit son envie de rester dans la communauté ou d’être seulement de passage.

Il y a d’ailleurs là un ancien repris de justice, devenu prêcheur, disant s’être amendé depuis qu’il a découvert Dieu grâce au fondateur de la communauté. Les fils et les filles du fondateur sont tous au service de cette communauté, certains plus rigides dans leur foi que d’autres, les femmes y ont peu la parole, et l’un des frères, avocat de la famille, met rapidement des bâtons dans les roues des enquêteurs.

Ceux-ci n’arrivent pas non plus à définir l’origine des sels de cyanure, leur enquête les mènera dans le comté voisin et leur fera faire pas mal d’allers-retours vers cette communauté qui ne leur paraît pas aussi « catholique » qu’elle veut s’en donner l’air.

Un petit mot adressé à Sara, qui en plus d’être pédiatre, agit aussi en qualité de légiste pour le comté, fait comprendre aux enquêteurs que d’autres jeunes filles ont aussi subi le sort d’Abigaïl. Le jeune chef de police est réellement très inquiet, d’autant plus que la mère de la morte vient lui annoncer que sa fille cadette a elle aussi disparu.

Le secret que vont découvrir Tolliver et son adjointe Lena Adams, une détective au passé tourmenté et dont la vie actuelle est un réel purgatoire, est lié bien sûr à cette communauté religieuse, que le chef de police considère comme trop polie pour être honnête dès le départ de l’enquête.

Je me doute un peu que lorsqu’on s’appelle « Slaughter » (c-à-d « le boucher »), il y a une certaine prédisposition à écrire des thrillers aux détails durs à ingérer pour la commune des mortels que je suis, plus attirée par les polars d’Agatha Christie, Josephine Tey ou Georgette Heyer.

Apparemment, depuis Patricia Cornwell, la mode US est aux femmes-écrivains ne nous épargnant aucun détail sordide ; j’ai un peu de mal, je dois l’avouer, à jouer le jeu.

Il y a dans « Faithless » quelques scènes de crime et autopsies qui m’ont littéralement coupé l’appétit, ce qui était tout de même malheureux car je me trouvais dans un joli jardin devant un « high tea » délicieux avec petits triangles de pains de mie au saumon et concombre, et des scones à la confiture de framboises.

Même dans leurs polars les plus glauques, Robinson, Mankell, Rankin, ne nous gâtent pas à ce point !

J’ai cependant lu le polar de Karin Slaughter de manière moins rapide que le « Crosscut » de sinistre mémoire de Meg Gardiner.

La psychologie des personnages de Slaughter est un peu plus intéressantes, même si je ne leur ai pas trouvé de réelle profondeur ; je ne me suis pas vraiment sentie intéressée par eux et leurs problèmes, et des problèmes personnels ils en ont, vous pouvez m’en croire.

A commencer par le chef Tolliver qui redoute d’avoir une hépatite et son adjointe qui sert de punching ball à son petit ami ! Le seul qui soit un peu sympathique est le chef de police justement, entouré d’une ex-épouse qu’il voudrait ré-épouser et d’une adjointe qui n’arrive pas à obéir aux ordres. Par instant, ce sont deux réelles furies, aux humeurs aussi changeantes qu’un ciel du nord. Dieu sait si j’apprécie les femmes de caractère, mais ces deux-là sont vraiment à gifler. Comme Tolliver est un gentleman du Sud, il reste calme... Je crois d’ailleurs que c’est la tactique la plus raisonnable à adopter.

Le docteur Sara Linton, co-héroïne de l’histoire, n’est désagréable qu’avec son ex-époux, pour qui elle souffle le chaud et le froid. Toutefois, j’aime bien sa double profession : celle qui est de soigner les enfants par sa qualité de pédiatre, et celle de légiste, qui sont en fait deux pôles parfaitement opposés.

Quant à la mentalité des personnages du roman, elle est celle de toute personne vivant dans une petite ville (petit patelin, petits esprits) et en plus il s’agit du Sud profond des Etats-Unis, bien connu pour son manque d’ouverture sur le monde. Cela les rend parfaitement antipathiques. D’après une amie américaine, la psychologie des personnages de ce roman est totalement fidèle à l’esprit qui règne dans les patelins du sud US.

Bref, je ne recommande pas vraiment ce polar, mais s’il n’y a rien d’autre à lire, pourquoi pas ? Je pense que je suis trop fidèle aux "armchair detectives" pour parvenir à apprécier les thrillers actuels. Il y a quelques légères touches d’humour qui allègent un peu l’ensemble, mais peu, vriament peu.