Saison sèche de Peter Robinson

In a Dry Season

Saison sèche

Le lundi 12 juin 2006 par Sheherazade

L’idyllique Parc National des Yorkshire Dales semble lui aussi avoir quelques squelettes dans ses placards, ou plutôt dans ses fondements. Un jeune gamin jouant au héros sauvant le monde fait une chute dans un ancien collecteur que cet été particulièrement chaud à partiellement asséché ; au fond du trou, il se raccroche à quelque chose qui paraît bien être le squelette d’une main humaine.

L’inspecteur en chef Alan Banks a été réintégré au sein du poste central d’Eastvale au grand déplaisir du divisionnaire Riddle, le conseil disciplinaire ayant considéré que malgré sa manière peu orthodoxe de travailler, ses états de service parlaient en sa faveur. C’est probablement l’une des choses qui ennuie le plus le commissaire en chef : non seulement Banks ne respecte pas les règles, ne s’habille pas comme un chef d’équipe devrait l’être, est un fan de jazz et d’opéra, mais en plus les résultats obtenus contredisent souvent les décisions de son supérieur ; ce dernier a donc accepté la réintégration mais n’a confié aucune enquête à Banks, l’obligeant à remplir de la paperasse sans oublier les remarques blessantes, sarcastiques qui accompagnent ses propos. Bref il se fait un plaisir d’harceler moralement son subordonné.

Banks remonte doucement la pente de sa vie ; la séparation d’avec son épouse est définitive, leur maison a été vendue et a commencé pour Banks une lente descente aux enfers pendant la période de suspension disciplinaire que Riddle lui a imposée. La boisson a failli prendre le dessus dans sa vie, jusqu’au jour où il découvre un charmant cottage à acheter. Finies les tristes soirées dans une pension, enfin il retrouve une raison de vivre et de cesser de s’apitoyer sur son sort. Ceci dit, il n’est pas encore totalement au bout de ses peines familiales : son fils aîné dont il est très fier lui annonce que les études d’architecte, c’est fini ! Brian, très bon guitariste, a décidé de se produire sérieusement avec son groupe, comme de vrais pros ! Décidément les enfants ont toujours une bonne surprise en réserve pour leurs parents !

Ruminant tout cela, l’inspecteur en chef se voit confier l’enquête sur le squelette découvert dans l’ancien village d’Hobb’s End, un si joli petit village qui mourut doucement après la seconde guerre mondiale , ses habitants l’ayant quitté, d’autres étant décédés, ensuite la région ayant été inondée pour créer un réservoir artificiel. Pour l’aider dans son enquête, il devra travailler avec le sergeant-détective Annie Cabbot, une jeune femme policière qui n’a pas vraiment non plus l’heur de plaire au commissaire en chef. Banks n’est pas le seul à expérimenter une voie de garage apparemment.

Le squelette s’avère être celui d’une ravissante jeune femme qui séjourna à Hobb’s End dès 1941 ; sa réputation de femme légère fut promptement décrétée par les bigotes villageoises. Gloria avait épousé un jeune homme du village, à l’avenir prometteur ; pendant son absence au front, sa jeune épouse se distrayait chaperonnée par sa jeune belle-sœur. Lorsque les Américains arrivèrent en Angleterre, chargés de ces petits présents pour s’offrir les bonnes grâces de la population féminine, la réputation de Gloria souffrit de plus en plus. Et puis, un jour, sans crier gare, elle disparut. Pour réapparaître 50 ans plus tard sous forme de ce petit squelette.

Pour Alan Banks, peu importe que le crime soit vieux de 50 ans, il s’agit d’un crime impuni et cela signifie qu’un assassin est toujours en liberté ; s’il est encore en vie il devra répondre de ces actes. La piste va mener nos deux enquêteurs en Ecosse, où vivent d’anciens habitants du village, mais aussi à Londres, chez une femme âgée, écrivaine célèbre, et qui a suivi l’enquête dès que l’annonce de la trouvaille macabre a été faite. Les inspecteurs sont convaincus qu’il s’agit de la belle-sœur de la petite morte bien qu’elle nie ce fait, mais comme le dit Banks « les écrivains ont l’habitude de déformer la réalité ! ». La vérité devra pourtant bien éclater, que cela plaise ou non à ceux qui sont encore en vie et qui ont tout fait pour oublier cette pénible affaire.

Je l’avoue, je suis totalement « accroc » aux enquêtes de l’inspecteur Alan Banks ; ici il est toujours aussi vulnérable et émouvant, mais on le sent sur la bonne pente. Il est moins exaspérant et égoïste que dans les enquêtes précédentes, où il négligeait son foyer, préoccupé qu’il l’était par ses enquêtes et oubliant trop souvent que ses goûts musicaux n’étaient pas nécessairement ceux des autres.

On retrouve ici quelques anciennes « têtes » de sa vie avant la rupture, mais aussi quelques nouveaux personnages intéressants, comme cette jeune sergent détective qui cache une profonde blessure.

« In a Dry Season » est une procédure policière formidable, avec toujours en toile de fond la haine palpable du divisionnaire, jaloux des résultats de l’inspecteur en chef, cherchant par tous les moyens à lui nuire mais Banks lui tient cependant tête avec calme et mesure (contrairement à la manière dont se termina leur dernier entretien avant la mise à pied !). On sent bien que le divisionnaire a envoyé son subordonné dans le nord du Yorkshire, dans l’espoir qu’il se « plante » complètement.

Peter Robinson sait tenir le lecteur en haleine, mélangeant habilement le journal intime de la femme écrivain et l’enquête en cours, offrant le portrait d’une jeune femme victime de sa légèreté, de son indépendance et son besoin de vivre libre, héroïne tragique d’ événements qu’elle a mis en mouvement.


  • Saison sèche  10 septembre 2007
    Lorsque l’on tourne les pages d’un bouquin l’une après l’autre avec avidité et en oubliant totalement le monde extérieur, alors .... que dire d’autre ? Merci à l’auteur, c’est excellent !
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