Rodin, l’Enfer et le Paradis de Claudie Judrin

Un dessin de sculpteur

Rodin, l’Enfer et le Paradis

Le dimanche 24 juillet 2005 par Sheherazade

Tout jeune, aussi loin qu’il m’en souvienne, je dessinais... Je soutiens qu’avant de dessiner sur des plâtres, il faut commencer par dessiner sur les feuilles, en ce qui me concerne, j’ai été dessinateur avant d’être sculpteur.

Ces deux extraits des entretiens de Rodin avec Dujardin-Beaumets résument à la perfection le contenu de ce petit livre, véritable synthèse du parcours de dessinateur de l’artiste.

Le père de Rodin, ayant rapidement remarqué l’intérêt de son fils pour le dessin, l’inscrivit à « la Petite Ecole », où il suivit les cours du professeur Lecocq de Boisbaudran, qui lui enseigna entre autres le dessin de mémoire, c’est à dire à reproduire le soir ce que l’on avait observé pendant la journée. Il apprit auprès du peintre Belloc l’étude du nu. De Belgique en Italie, en passant par Reims et les Alpes, Rodin partit sur les traces de Michel-Ange.

Cependant, le trait ne copiera pas seulement le grand maître italien, il l’adapte et c’est déjà du Rodin. Des jeunes années où le trait est académique jusqu’à la divulgation des dessins au début du 20ème siècle, on assiste à l’évolution du trait, du style, en fonction des rencontres.

Celle qui semble avoir particulièrement marqué Rodin est la rencontre des Danseuses Cambodgiennes (qui sont, soit dit en passant, mes dessins préférés) : Rodin fut attiré par l’Extrême-Orient lors de l’Exposition Universelle de 1889 ; ce n’est donc pas surprenant que lorsqu’en 1906, les danseuses cambodgiennes qui accompagnaient le prince Sisowath de Siam (actuelle Thaïlande) venu demandé le soutien de la France ; les petites princesses furent le fleuron de l’exposition coloniale de Marseille où Rodin les suivit. Il en réalisa environ cent cinquante aquarelles, où la grâce des mouvements et la beauté du vêtement le disputent à la légèreté de la soie et au côté religieux qu’exprime leur danse.

On évalue entre sept et dix mille les dessins de Rodin ; le livre de Claudie Judrin est un recueil analysant de manière thématique le talent du sculpteur, du trait académique au trait résolument moderne pour illustrer Dante ou Baudelaire. Les illustrations s’accompagnent, à côté du texte de l’auteure, de réflexions de Rodin.

Claudie Judrin est conservateur en chef des dessins et de la collection personnelle de Rodin ; elle est l’auteur de « l’Inventaire des dessins », cinq volumes de référence où sont présentés et annotés les œuvres que compte le Cabinet des dessins du Musée Rodin. Bien que je n’apprécie que très modérément la personne du sculpteur, on ne peut que s’incliner devant le talent et la modernité de l’artiste.


  • > Rodin, l’Enfer et le Paradis  5 août 2005, par OB
    Il ne s’agissait pas du prince Sisowath du Siam, mais du roi Sisowath du Cambodge
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