Quiet as a Nun de Antonia Fraser

Une enquête de Jemima Shore

Quiet as a Nun

Le samedi 11 mars 2006 par Sheherazade

Les couvents, c’est comme les mares : clair à la surface, mais dès qu’on y touille quelque peu, toute la boue remonte ! Jemima Shore, journaliste d’investigation et personnalité en vue à la télévision britannique, a pour habitude d’enquêter sur des causes difficiles, la cause du couvent « Blessed Eleanor » risque bien d’entrer dans cette catégorie.

Lorsque l’une des amies avec qui elle fit ses études au couvent « Blessed Eleanor » dans le Sussex, meurt, apparemment d’anorexie, la mère supérieure demande (on pourrait presque dire exige) que Jemima enquête sur cette mort suspecte, d’autant plus que la jeune femme, entretemps devenue nonne, était sur le point d’hériter de l’une des plus grandes fortunes des Iles Britanniques et par ailleurs, elle était la propriétaire d’une partie des terres sur lesquelles le couvent est construit. Miss Shore a passé deux ans à Blessed Eleanor pendant la seconde guerre mondiale et elle se souvient de ces années partagées entre austérité monacale et fous-rires de gamines ainsi que des moments où elle et ses copines tentaient de fausser compagnie aux bonnes soeurs. Bien que peu désireuse de retourner là-bas, elle accepte tout de même la tâche que la supérieure lui confie en n’hésitant pas à utiliser une arme très pratique en ces cas-là : le chantage affectif.

Jemima se retrouve rapidement mêlée à une énigme perturbante, où toutes les apparences sont trompeuses. Et plus elle tente d’en savoir plus, plus sa vie est menacée, plus le mystère s’épaissit ; bien vite il est évident que la petite nonne n’est pas morte d’anorexie mais a été assassinée dans une tour faisant partie du domaine. Le couvent a tout à y gagner à cette mort, car la morte avait récemment décidé d’offrir la propriété aux plus démunis de la communauté, ce qui est l’une des raisons pour laquelle la supérieure souhaite que Jemima Shore enquête, il faut laver cette tache sur la réputation du « Blessed Eleanor », déjà pas très populaire compte tenu de l’austérité dans laquelle acceptent de vivre ces femmes qui se retirent du monde paraissant dès lors bien étranges, voire suspectes, aux yeux du commun des mortels.

D’autres morts vont bien sûr se produire ainsi que des événements plus qu’étranges et Miss Shore va entrer dans le labyrinthe non seulement des lieux, mais aussi de l’âme humaine et des personnalités du couvent. Sa propre vie sera menacée et en découvrant l’assassin, elle échappera de peu à la mort.

Lady Antonia Fraser (à la ville Lady Harold Pinter) est considérée - à juste titre - comme l’une des meilleures historiennes anglaises ; cependant il y a quelques vingt ans elle a créé le personnage de Jemima Shore, journaliste d’investigation et écrivain, dont une partie du caractère serait inspiré par son auteur.

«  Quiet as a Nun  » est le premier polar mettant en scène Miss Shore, c’est aussi le seul que j’aie lu et qui vient d’ailleurs d’être réédité en anglais. Ce livre, bien qu’écrit il y a longtemps, est un thriller de la meilleure veine ; les dernières pages, où Jemima découvre la vérité, donnent réellement la chair de poule comme les meilleurs thrillers actuels.

La personnalité de Jemima est assez touchante, pas toujours sûre d’elle sous des dehors très « femme libérée », elle a quelques difficultés tout de même à gérer sa vie personnelle, elle agace aussi par instants avec son petit air « je-sais-tout-mieux-que-vous ». Miss Shore ne ressemble guère aux détectives à la mode d’il y a 20 ans ou à la mode actuelle ce qui ne veut pas dire qu’elle soit obsolète au contraire, elle est une jeune femme qui se meut dans une société très différente de celles que fréquentent les détectives créés par Henning Mankell ou Ian Rankin, pour ne citer que ces deux là.

Tout comme les biographies historiques d’ Antonia Fraser, les enquêtes de Jemima Shore sont non seulement écrites dans un très bel anglais, mais sont aussi très faciles à lire ; par ailleurs, une fois commencé, impossible de lâcher le bouquin !

J’ignore si elles ont été publiées en français, d’autant plus que même en anglais - hormis « Quiet as a Nun », elles n’ont pas toutes été rééditées mais je les recommande chaudement car elles n’ont pas pris une ride et valent réellement d’être découvertes pour qui ne les connaît pas.