Piece of My Heart de Peter Robinson

Piece of My Heart

Le mardi 21 août 2007 par Sheherazade

1969, l’époque de sex, drogues et rock & roll, l’année de Woodstock, l’île de Wight ... les festivals rock sont nombreux dans le monde, toute la jeunesse se rebiffe contre l’ordre établi, prône l’amour libre, consomme des substances alors illicites comme le canabis, les jeunes se cherchent, souhaitent un monde meilleur, entrent en révolte contre leurs parents, comme Yvonne la jeune fille de l’inspecteur Chadwick.

Comme s’il n’avait pas encore assez de soucis sans cela. A l’orée de Brimleigh Woods, le corps mutilé d’une très jolie fille, très jeune elle aussi, a été découvert poignardé avec une telle force qu’un morceau du cœur a été arraché.

L’enquête va mener Stanley Chadwick, un inspecteur à la morale implacable et peu enclin à la tolérance, au cœur d’un monde qu’il méprise : celui des jeunes qui préfèrent vivre leur vie plutôt que travailler et fonder une famille, les valeurs dans lesquelles il a été élevé.

C’est pendant le concert de Led Zeppelin que Linda a été assassinée, alors que toute la foule était tournée vers le podium, donc aucun témoin possible. Chadwick va tenter d’obtenir plus d’informations auprès de l’organisateur du festival et peu à peu son enquête va le mener vers le groupe rock « The Mad Hatters », dont l’un des membres est le cousin de la morte ; tout semble tourner autour du groupe, mais pourquoi, par qui, Linda a-t-elle été tuée ? Un suspect sera finalement appréhendé, involontairement grâce à la fille de Chadwick qui fréquente un groupe de hippies.

Près de quatre décennies ont passé lorsque l’inspecteur en chef Alan Banks est appelé sur les lieux d’un crime à Eastvale ; un journaliste indépendant a été retrouvé, le crâne enfoncé ; son ordinateur et son téléphone portables ont disparu du lieu du crime. Peu à peu, il apparaît que Nicholas Barber écrivait un article pour le magazine musical MOJO et enquêtait sur le groupe « The Matt Hatters » qui projette un nouveau départ sur la scène, du moins en ce qui concerne les membres restant et en bonne santé. Car le cousin de la jolie Linda a le cerveau perturbé par tout le LSD et autres drogues qu’il a ingurgitées ; quant au membre du groupe à qui aucune femme ne résistait, il est mort noyé en 1970, dans la piscine du domaine du jeune lord, intouchable par la loi, mais également décédé entretemps.

Le seul indice pour Banks et sa co-équipière Annie Cabot sont des chiffres notés sur une page, dont certains sont encerclés. L’inspecteur en chef et son équipe vont donc entamer une longue procédure afin de retrouver certaines personnes toujours en vie après le festival de Brimleigh, Banks pour qui « le passé n’est jamais fini » a l’intuition que le meurtre du journaliste est étroitement lié aux faits de 1969. Il est le seul à avoir cette intuition et reçoit donc, à contrecoeur, deux semaines, pas un jour de plus, de sa nouvelle supérieure, une femme dont l’ambition ne conçoit aucune erreur car elle veut être promue et vite !

Une fois encore Peter Robinson m’a emballée. Ses personnages sont une fois de plus particulièrement bien étudiés ; il parvient, avec ce nouveau polar, à faire revivre une époque terriblement excitante d’une société en pleine mutation, d’une jeunesse qui ne se reconnaissait plus dans un certain schéma de vie et qui souhaitait de profonds changements. Mais c’était une époque qui possédait aussi un côté fort obscur lié aux drogues (Charles Manson et ses crimes, la mort liée aux excès de certains membres de groupe de rock, etc). Tout cela se retrouve dans le roman, tout comme l’égocentrisme des jeunes, aussi peu enclins à la tolérance vis-à-vis des aînés que les aînés étaient peu indulgents à leur égard.

Alan Banks possède toujours ce petit quelque chose à la fois de mélancolique dans sa vie personnelle, surtout depuis le décès de son frère qu’il regrette n’avoir mieux connu. Il aimerait parfois reprendre le fil de la relation avec sa jolie équipière alors que celle-ci préfère, et de loin leurs relations amicales. Toutefois il retrouve sa morgue et ses sarcasmes face aux autorités. Son entrevue avec sa nouvelle supérieure est un pur moment d’humour grinçant.

Cette nouvelle chef de département est d’ailleurs assez odieuse en son genre, la manière dont elle traitera Annie Cabot en dit long sur son esprit étriqué. Vraiment, les personnages se bonifient à chaque nouvelle enquête ; le contexte est comme d’habitude extrêmement bien étudié, que ce soit l’époque de la fin des sixties ou notre époque.

Il semblerait que Peter Robinson écrive de plus en plus souvent des sortes de "doubles enquêtes", car ses derniers polars relatent bien souvent un meurtre ancien non élucidé dont les ramifications se retrouvent à l’époque actuelle ; il est vrai qu’Alan Banks aime à répéter que "le passé ne finit jamais".

Le personnage de l’inspecteur Stanley Chadwick, un homme se débattant avec ses propres démons, est lui aussi fort bien planté, tout comme le sont tous les autres personnages de chaque époque et qui sont amenés à se croiser dans la mesure où l’enquête l’exige.

J’aurais presque envie de le classer dans ma rubrique « Polars historiques », tellement l’époque de la première enquête est formidablement bien dépeinte. Voilà un polar au contexte tant historique que psychologique que je recommande chaudement.