Parution du premier essai en français sur l’oeuvre de George Steiner de Les lectures

Le mardi 28 août 2001

Nouveau sur ce forum, je profite de l’audience qui m’est offerte pour vous signaler la parution de mon essai sur l’oeuvre de George Steiner (L’Harmattan, coll. "L’ouverture philosophique").

En voici la problématique en quelques lignes :

J’ai tenté, en faisant dialoguer l’oeuvre de Steiner avec d’autres oeuvres qu’il admire (celles de Benjamin, de Kraus, de Kierkegaard)ou qu’il passe étrangement sous silence (comme celles de Bernanos ou de Bloy), de la placer sous un éclairage inhabituel : à mes yeux,l’auteur de Réelles présences est moins l’évident critique à l’intransigeante plume que l’exceptionnel sondeur du Mal. Car le siècle passé, qui a été le siècle de l’horreur absolue, n’a peut-être pas fini de nous livrer son noir secret : le Mal, le visage sordide et défiguré du Mal, que l’Occident depuis des siècles s’est complu à revêtir des masques les plus divers, est d’abord une bouche, n’est peut-être même qu’une bouche,prolixe et enjôleuse, de laquelle sort le flot noir du mensonge. C’est ainsi que Karl Kraus pouvait prétendre de façon paradoxale que le premier conflit mondial,avec ses millions de morts, était pourtant peu de chose si on le comparait à la destruction du langage opérée par le mensonge de la propagande. Steiner lui-même est dans ces pages l’héritier de ces auteurs qu’il a nommés pour s’en éloigner : logocrates, Pierre Boutang dont il était l’ami, Martin Heidegger ou Joseph de Maistre. Ceux-ci ont tenté de penser la question d’une détérioration du langage par la banalité et le mensonge,agissant comme une maladie, un cancer.
Cette question est, dans l’oeuvre de George Steiner, première, séminale ; non pas seulement le goût et le respect pour la culture classique ; non pas seulement le déchirant dialogue avec un christianisme beaucoup trop proche pour ne pas se ficher, dans la chair du penseur, comme une écharde de plus en plus pointue et blessante ; non pas même enfin la terrible question de Dieu.
J’irais jusqu’à dire que la blessure que constitue, pour tout Juif, le mystère dévorant de la Shoah,n’est qu’une conséquence extrême du Mal, de ces paroles néfastes délivrées par la bouche de A. H., ce fantôme malfaisant, cet homme creux croupissant sur une terre dévastée.

Placée sous un tel éclairage, j’ai tenté de donner à l’oeuvre de ce penseur respecté mais bien souvent décrié sa place véritable, rien moins que vitale pour notre siècle : en sondant les ténèbres, nul doute que George Steiner nous enseigne de quelle réelle présence la réflexion contemporaine doit se charger si elle veut ne pas s’enfoncer piteusement dans la tourbière de la futilité et du bavardage.

Cordial salut à toutes et tous,

Juan Asensio

Les livres de Steiner sur Amazon.Fr


  • Le stalker publie son lyber  14 mai 2004, par Dadoo

    Cet essai est à présent publié aux éditions de l’Harmattan, comme le présente son auteur sur Le Stalker.

    Il est dès à présent disponible sur Amazon.fr


    Répondre à ce message
  • L’essayiste américain George Steiner obtient le prix Ludwig-Boerne   26 mai 2003, par Dadoo
    FRANCFORT (AFP) - L’essayiste et critique littéraire américain George Steiner a reçu le prix allemand Ludwig-Boerne de la critique et des essais littéraires lors d’une cérémonie présidée par le ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer dimanche à Francfort (ouest).
    La nouvelle sur Yahoo.fr
    Répondre à ce message