Parlons peu... de Les lectures

Le lundi 5 novembre 2001

J’ai parcouru notre métropole durant ces deux jours du souvenir. Quelle affluence et quelle ferveur ! Joie et tristesse, les visages, à nos yeux du moins, prenaient toutes sortes d’aspects à la fête des morts qui pouvait bien aussi _ ma foi ! _ être celle de bien des vivants. Cette pensée surtout me vint continuellement comme une obsession, durant ma visite aux morts. Et sans que je susse pourqoi, je me surpris à envier les défunts, en disant tout bas ces vers de Léon Laleau, marqués au coin de la plus tendre ironie.

“Tout le jour les visages pâles
Se sont penchés vers les tombeaux ;
Et leurs soupirs et leurs sanglots
Ont brui parmi les pétales.

***

Des lèvres, tremblantes d’amour
Ont dit de très lentes prières,
Afin qu’en l’éternel séjour,
Leur vie, aux morts, soit moins amère.

***

Et nul cependant n’a pensé
Que, plus morts que les morts eux-mêmes
Les coeurs par d’autres délaissés,
Ont aussi besoin qu’on les aime.

***

Ainsi des âmes que l’amour
Peut-être a, pour toujours, broyés,
Ont guardé, même en ce grand jour,
L’aspect des tombes oubliées.”

Marcel Salnave

Haïti - Journal 4 novembre 1940