Opération Shylock : Une confession de Philip Roth

Le lundi 23 juin 2003 par Feline
Se relevant d’une terrible dépression, Philip Roth apprend avec étonnement de la bouche d’un de ses cousins israéliens qu’il se trouve en ce moment à Jérusalem, et non dans son confortable appartement new-yorkais. En effet, un double, se faisant passer pour le célèbre écrivain et sosie parfait, répand à travers une série de conférences la théorie du diasporisme, c’est-à-dire, le retour des juifs européens en Europe et la suppression de l’Etat d’Israël.
Philip Roth n’hésite pas et se lance à la poursuite de son "homonyme" en partant pour Jérusalem. Il y rencontrera son double, qui loin de se démonter, lui serrera la main et l’invitera à déjeuner. Les événements vont alors se succéder, à un rythme palpitant et rempli de suspense.
L’écrivain réussit avec ce roman un véritable tour de force littéraire. L’idée de se mettre lui-même dans la peau du personnage principal est époustouflante et d’une originalité difficilement égalable. Et cette histoire d’imposture accentue encore cette originalité. Imposture pour "Philip Roth" qui se retrouve face à son double mais aussi pour le lecteur, qui tout au long de sa lecture s’interroge : "Mais quelle est donc la part de vérité ? Est-ce réellement autobiographique ?". En effet, Philip Roth joue sur cette ambiguïté, en nous laissant croire que ces événements sont réels.
Le conflit israélo-palestinien occupe une grande part de ce roman. J’avoue que ce conflit m’échappe beaucoup. Notamment, car je n’étais pas née lorsqu’il a éclaté. J’ai longtemps voulu lire un livre m’expliquant les tenants et les aboutissants sans jamais passer à l’acte. Ce roman m’a apporté quelques réponses, car il arrive à insérer dans son livre à peu près toutes les opinions possibles sur le problème israélo-palestinien. C’est sûr, je lirai d’autres romans de Philip Roth, et notamment "Portnoy et son complexe", pour essayer de mieux comprendre les rapports parfois conflictuels qu’il entretient avec le judaïsme.
Certains lecteurs le trouvent parfois redondants. C’est vrai qu’on peut lui adresser ce reproche. Mais moi, j’y vois plutôt une capacité de virtuose à développer et faire des envolées littéraires de plusieurs pages à partir d’un fait mineur ou qui pourrait se résumer à une ligne.

