Murder on Monday de Ann Purser

Murder on Monday

Le lundi 14 avril 2008 par Sheherazade

Lois Meade est une jeune mère de trois enfants qui pour arrondir les fins de mois fait des ménages dans l’idyllique village de Long Farnden (« Farnden » pour les initiés) situé à côté de la ville où elle habite.

Idyllique ? pas sûr, car un meurtre vient d’y être commis, lors d’une conférence des « Open Minds » un groupe parmi lesquelles se retrouvent toutes les dames du village (un peu comme les « Calendar Girls »), bref une façon de tuer le temps de la manière la plus intelligente possible. Mais, cette fois, il n’y a pas que le temps qui a été tué ! La vieille fille du village, du moins en caractère, a été étranglée pendant qu’elle préparait le thé pour ces dames. Car si Gloria Hathaway était très bien conservée, son attitude hautaine et mesquine ne la rendait pas particulièrement plaisante à fréquenter.

D’ailleurs, bien vite, il va apparaître que seuls les hommes du village la fréquentaient, ainsi que sa proche voisine l’infirmière visiteuse du canton. Du coup, tous les « notables » du village deviennent suspects : du médecin si bon et si dévoué, au pasteur pas particulièrement motivé par sa paroisse, en passant par un professeur consultant en lois et un homme d’affaires désagréable.

Lois travaille dans chaque maison des notables, chaque matinée de la semaine ayant sa maison. Rapidement elle va réaliser que toutes ces personnes qui auparavant étaient assez aimables, deviennent tendus et nettement moins aimables.

Comme si cela ne suffisait pas, Lois et son époux, petit patron électricien adorant sa famille, vont devoir se rendre à l’évidende : leur fille de 14 ans est amoureuse d’un garçon nettement plus âgé qu’elle, qui s’impose régulièrement chez eux parce que l’atmosphère familiale lui plaît beaucoup, en plus de la jeune Josie. Pour les parents de celle-ci, Melvyn est vraiment trop poli pour être honnête, mais allez donc faire entendre raison à une adolescente qui s’est mis quelque chose en tête. Même d’abandonner l’école, de se marier et d’avoir un bébé à 15 ans !

Ayant eu envie de s’engager dans un corps spécial de volontaires de la police mais refusée compte tenu de ses occupations, Lois est recontactée par le constable Simpson et son patron, l’inspecteur Hunter Cowgill (tu parles d’un nom, comme elle ne peut s’empêcher de le dire avec une touche d’impertinence !). Ils réalisent soudain que de part son travail de femme de ménage, elle a ses entrées chez tous les suspects et qu’elle pourrait leur rendre un grand service en les observant. D’abord choquée à l’idée de jouer les informatrices pour la police, Lois Meade accepte car elle a déjà commencé à observer ses employeurs, leur poser d’innocentes questions en essayant cependant de ne pas attrer leur attention car elle a une réputation de discrétion à laquelle elle tient.

Peu à peu, il semble que la morte était réellement quelqu’un de très antipathique, semblant vivre de chantage, n’hésitant pas à s’imposer dans les foyers et plus particulièrement chez le docteur. Qui donc est ce bébé sur une vieille photo qu’elle a découvert dans une commode en la nettoyant ? Les dames du village pour qui elle nettoie commencent à se méfier d’elle et se ferment à ses questions. Cela n’empêche pas Lois de poursuivre son travail et sa petite enquête, sans réaliser que plus elle s’approche de la vérité, plus elle met son couple et sa famille en danger.

Miss Marple le répète sans arrêt : les villages sont comme des marais, lisses à la surface, mais dès que l’on remue un peu tout ça, la boue remonte !

L’idyllique village de Farnden n’échappe pas à la règle ; digne de figurer sur une carte postale pour touristes, il est un véritable microcosme de ce que la nature humaine fait de moins sympathique, même si en surface tout le monde y est parfaitement bien éduqué.

Je n’ai pas trouvé Lois Meade et sa famille prolétarienne particulièrement sympathique ou intéressante, mais l’intrigue de «  Murder on Monday » est bien ficelée. De plus, le livre aborde de manière subtile les relations entre employeurs et employée de maison ; en surface toutes ces dames sont enchantées de Lois, lui offrent le thé ou le café même sachant qu’elle ne veut pas devenir l’intime ou la familière de ses patronnes, mais dès qu’un problème apparaît et qu’elle pose des questions, on lui fait comprendre qu’elle outrepasse ses droits et qu’elle ferait bien de « rester à la place qui est la sienne ».

Le personnage de Lois Meade, s’il ne m’a pas été sympathique, est tout de même bien typé : elle n’a pas du tout sa langue en poche, dans son couple elle ne se laisse pas mener par le bout du nez, et même si elle connaît la place à tenir chez ses employeurs, elle n’hésite pas à les remettre à leur place si elle considère qu’ils lui manquent de respect. Elle se sait indispensable auprès de ces dames, dont la plupart sont oisives mais n’ont nulle envie de s’occuper de leur ménage (ce n’est pas moi qui leur jetterai la pierre).

Les policiers au départ ne sont pas présentés comme particulièrement sympathiques et fûtés, mais peu à peu les relations entre Lois et l’inspecteur principal se dégèlent et il finit par apprécier l’esprit de déduction et les informations que la jeune femme lui communique.

J’ai beaucoup pensé aux polars de Caroline Graham en lisant « Murder on Monday » ; l’ambiance anglaise du village de Farnden n’est pas sans rappeler ceux de la contrée de Midsummer où travaille l’inspecteur Barnaby : conventions sociales volant en éclat, tout un village engagé dans le même imbroglio dont rien de très bon ne peut venir, mesquineries des uns vis-à-vis des autres sous des sourires hypocrites, conventions sociales à respecter. Bref ambiance britannique comme chez Caroline Graham déjà nommée, mais aussi chez Colin Dexter, Ann Granger, Peter Robinson et quelques autres.

Une série de « polars à thème » - après la jeune veuve devenue vicaire de paroisse de Phil Rickman, après la libraire de Carolyn Hart, la patronne de pâtisserie de Joanna Fluke, voici la femme de ménage détective-amateur. A découvrir éventuellement, mais essentiellement pour les amateurs du genre.