Mrs. Palfrey, Hôtel Claremont de Elizabeth Taylor

Cruelle vieillesse

Mrs. Palfrey, Hôtel Claremont

Le mercredi 12 mai 2004 par Feline

Mrs Palfrey, sur les conseils de sa fille, s’installe dans un hôtel londonnien, qui tient plus du home pour personnes agées que du palace. Petit à petit, elle se créée une place au milieu des pensionnaires à demeure, tous célibataires ou veufs. Elizabeth Taylor met en relief la solitude qu’éprouvent toutes ces personnes, abandonnées là par leur famille qui ne vient pratiquement jamais les voir.

Le sport principal consiste à épingler les points faibles des autres afin de se rassurer en se disant qu’il y a finalement plus malheureux et plus mal loti que soi. Bien souvent, on dit que les enfants sont cruels entre eux mais les vieillards peuvent l’être tout autant. Mrs Palfrey en fera d’ailleurs les frais, en annonçant la visite prochaine de son petit-fils qui ne viendra jamais. Ce que ne manqueront pas de lui rappeler les autres pensionnaires. Jusqu’à ce qu’une chute inopinée dans la rue ne lui fasse rencontrer un jeune écrivain fauché qu’elle fera passer pour son petit fils. A tel point qu’elle en éprouvera pour lui une véritable affection filiale tout en s’enferrant dans les mensonges.

Elizabeth Taylor met en scène dans ce petit bijou de la littérature britannique le quotidien routinier d’une frange de la vieillesse anglaise : sa solitude, sa cruauté et sa superficialité. Pour les résidents du Claremont, tout n’est que façade et apparence : pas question de dévoiler sa solitude, son sentiment d’abandon ou de parler de maladie et de mort. La romancière livre ici un livre sensible, émouvant mais aussi cruel et sans concession avec le talent qu’on lui connaît.

Tout comme dans "Vue sur port", elle met en scène un personnage écrivain dont l’achévement du roman coïncide avec la fin.

Je terminerai par une comparaison qu’elle fait entre la vieillesse et l’enfance : "Une tâche épuisante, vieilir. C’est comme être un bébé, mais à l’envers. Dans la vie d’un nourrisson, chaque jour représente une nouvelle petite acquisition ; et pour les vieux, chaque jour représente une nouvelle petite perte. On oublie les noms, les dates ne signifient plus rien, les événements se confondent, les visages s’estompent. La petite enfance et la vieilesse sont des périodes harassantes".