Mort à la Fenice de Donna Leon

Mort à la Fenice

Le samedi 4 mars 2006 par Sheherazade

Venise et ses canaux, la Fenice et la magie des opéras... rien que du bonheur pour les visiteurs, les touristes, les amateurs du genre. Pour le commissaire Guido Brunetti, les canaux venitiens seraient plutôt un labyrinthe sombre et tortueux rempli de criminels. Mais bon, on a la Venise qu’on mérite et quand on travaille dans la police, on n’a pas nécessairement la même vision que les touristes, pour lui hélas la Sérénissime est un lieu où les façades ne sont pas ce qu’elles paraissent et s’érodent peu à peu sous la corruption du temps et des âmes. Ce qui ne l’empêche pas d’en être fou amoureux.

Lorsque le légendaire maestro allemand Helmut Wellaeur est découvert dans sa loge, assassiné au cyanide, après le deuxième acte de la Traviata, on appelle le « commissario » Brunetti à la rescousse, en lui conseillant une grande discrétion compte tenu de la réputation de ce personnage. Pourtant le portrait que Brunetti va en découvrir est loin d’être prestigieux : ancien sympathisant nazi, intolérant, plein de morgue.

Les suspects sont nombreux, compte tenu du nombre d’ennemis que le maestro s’est fait au cours de sa carrière non seulement dans le monde musical, mais dans sa vie privée. Son épouse, nettement plus jeune que lui, semble particulièrement peu affectée par sa mort. Les soupçons cependant se portent essentiellement sur Flavia, la soprano prima donna ; son compagnon, un archéologue américain figure aussi sur la liste des suspects. L’enquête avançant, Brunetti découvre de plus en plus de raisons d’avoir assassiné le maestro, mais les racines du mal semblent bien figurer dans son passé. Le portrait dépravé du chef, que l’enquête dévoile, va réellement poser un dilemme au commissaire, entre pitié et sens du devoir. Donna Leon est une Américaine d’origine irlando-espagnole ; elle a été enseignante dans divers pays des Etats-Unis jusqu’en Iran, en passant par la Chine et l’Arabie saoudite. Elle s’est installée ensuite à Venise pendant plus de vingt ans et l’affection qu’elle porte tant à la cité des Doges qu’à son personnage fétiche, le charmant commissaire Guido Brunetti, transparaît dans ses livres.

Mais Donna Leon n’est pas seulement un écrivain de polars de grand talent, elle est également une experte en opéra et a écrit le livret d’un opéra comique ; elle a même fondé sa propre compagnie intitulée « Il Complesso Barocco ».

Guido Brunetti est un commissaire élégant, courtois avec les jolies femmes - même les suspectes - toujours tiré à quatre épingles, qui aime la cuisine italienne (qui ne l’aimerait pas), son aristocrate épouse et leurs enfants. Il est subtil, intelligent, rassembler des suspects n’est pas vraiment difficile ; ce qu’il trouve plus compliqué par contre est de décider parmi eux celui qui est le seul vrai couplable.

Il n’a pas de réel problème personnel, ses ennuis lui viendraient plutôt de son supérieur et de ses deux assistants, les adjoints les plus idiots ou du moins les plus lents à comprendre qu’il ait été donné de vie de commissaire, croyez-le ou non mais ces deux-là mettraient même la patience d’un saint à rude épreuve, alors vous pensez, un commissaire de police italien...

Ces moments-là du livre sont des petits morceaux d’humour pince-sans-rire qui me font recommander les polars de Donna Leon, rien que pour cela, mais pas uniquement pour cela. L’enquête de « Death at la Fenice » est pleine de rebondissements, bien écrite, donnant peu envie de laisser le livre avant d’en connaître la fin.