Mistletoe and Murder de Carola Dunn

Noël, saison des fêtes de famille, de joie, de retrouvailles, et parfois de meurtres !

Mistletoe and Murder

Le dimanche 14 novembre 2010 par Sheherazade

L’honorable Daisy Dalrymple, devenue entretemps Mrs. Alec Fletcher, ce qui ne plaît évidemment absolument pas à la duchesse douairière, sa mère, a projeté un reportage pour « Town & Country » au domaine de Brockdene, demeure ancestrale de Lord Westmoor en Cornouailles et accessoirement lointains cousins des Dalrymple. Tant qu’à avoir des relations dans la noblesse, autant que cela lui serve pour ses reportages. Et c’est d’ailleurs cette même raison qu’invoque la duchesse douairière pour s’inviter à fêter Noël « en famille ».

Daisy, capable de faire face à des criminels lorsqu’elle les découvre en se mêlant des enquêtes de son inspecteur en chef de mari, n’arrive jamais à tenir tête à sa mêle-tout de mère ; elle part donc en éclaireur pour son reportage. Sur place elle fait la connaissance des actuels occupants, les Norvilles, branche pauvre des Westmoor. Godfrey Norville lui fait découvrir une partie du manoir pour son reportage et ensuite notre jeune fille de bonne famille - devenue reporter parce qu’elle estime que désormais les femmes doivent gagner leur vie ce qui fait dresser les cheveux de sa lady de mère sur le crâne, sans parler de sa belle-mère, l’autoritaire mère de son époux qui la trouve trop délurée - est invitée à prendre le thé avec Mrs. Norville, l’aînée.

Daisy Dalrymple-Fletcher apprend ainsi la triste histoire de la vieille Mrs. Norville, mère de Sir Godfrey et du capitaine Victor. Cette dame a épousé leur père aux Indes où il était stationné, hélas lorsqu’elle vint le rejoindre, Albert Norville était mort et elle ne put prouver la légitimité de son mariage ; du coup, Godfrey et Victor sont considérés comme des enfants illégitimes, cependant Lord Westmoor, père d’Albert Norville, accepta d’héberger la jeune femme et les deux garçons à Brockdene, et de lui accorder une petite rente, jusqu’à son décès.

Les Norville ont trois enfants, la jolie Felicity qui s’ennuie mortellement (elle ne croit pas si bien dire) à Brockdene car peu de gens de son âge y viennent ; son frère aîné Miles, ayant perdu un bras pendant la grande guerre (nous sommes en 1923), finit l’étude des lois et entrera probablement dans l’étude de son grand-père maternel. La petite dernière Jemima est une véritable peste, fouineuse et grossière, qui n’hésite pas à insulter Daisy.

Lorsqu’arrive Alec avec Belinda, sa petite fille dont Daisy est la seconde maman, il est également accompagné de la duchesse douairière qui ne lui épargne aucune remarque pestouille. Heureusement que l’inspecteur en chef de Scotland Yard connaît les conséquences d’un crime, sinon il étranglerait volontiers sa belle-mère. En plus de la mignonne Belinda, il a Derek, le neveu de Daisy et les deux enfants sont enchantés d’être là... ce sont bien les seuls car l’ambiance du manoir n’est vraiment pas des plus chaleureuses ni des plus gaies.

C’est alors que survient le Capitaine Victor Norville, tout content de retrouver ses neveu et nièces (quoique Jemima ne fasse pas partie de ses préférés). Il est accompagné d’un clergyman qu’il a retrouvé aux Indes et qui marié ses parents ; le brave capitaine souhaite vraiment que sa maman soit reconnue par toute la société comme la vraie dame qu’elle est.

Le clergyman en question va rapidement s’avérer un bonhomme coincé, très peu tolérant, regardant d’un très mauvais œil les préparatifs de Noël, des signes évidents de paganisme à ses yeux. Il met les nerfs de tous à rude épreuve et la jeune Jemima le prend particulièrement en grippe.

Le dîner de Noël se passe toutefois dans la bonne humeur et chacun est ravi des présents qui sont échangés.

Hélas la joie de Noël est de courte durée, le lendemain le clergyman est retrouvé poignardé dans la chapelle. Alec Fletcher, en congé, a décidé de ne pas se mêler de cette enquête mais le constable du village lui demande instamment son aide car il n’a pas l’habitude de s’occuper d’autre chose que des querelles entre ivrognes.

Voilà donc les Fletcher en famille à la recherche d’indices afin de découvrir qui a bien pu assassiner le clergyman car sa mort va désormais empêcher de prouver la légitimité de Godfrey et Victor et de permettre à leur mère de se promener la tête haute dans la haute société.

Belinda et Derek s’amusent comme des petits fous, mais sagement évitent de se retrouver dans les pieds de l’inspecteur en chef et ses assistants qu’il a fait venir de Londres. Exceptionnellement, Alec ne voit pas d’un trop mauvais œil que Daisy se mêle de son enquête. Malgré cela, les indices sont maigres et toute la famille Norville se retrouve sur la liste des suspects. Y compris un charmant cousin éloigné, amoureux de Felicity. Le seul problème est que personne ne comprend le motif réel de ce meurtre, puisqu’il empêche la légitimité des fils Norville, pourtant il y a bien quelqu’un qui avait une raison d’en vouloir à cet homme sinon pourquoi l’avoir assassiné ?

J’avais beaucoup aimé le premier roman policier de la série « Daisy Dalrymple », où l’on rencontrait la jeune lady, délurée, pas du tout décidée à vivre comme il sied à une jeune fille de la bonne société anglaise dans les années 20.

Quatre aventures plus tard, bien que je n’aie pas suivi les enquêtes les unes après les autres, je suis moins enthousiaste bien que je me sois amusée. Car les romans de Carola Dunn sont amusants, légers, mais je commence à trouver particulièrement fastidieux l’envie évidente de l’auteure à faire « style d’époque ». Ses romans me font penser à ceux de Patricia Wentworth ou Agatha Christie, mais Mrs. Dunn utilise énormément d’expressions, d’exclamations anglaises, assez dépassées à l’heure actuelle.

A part cela, les personnages récurrents sont très savoureux, à commencer par la duchesse douairière, même s’il faut bien l’avouer, on n’a pas trop envie d’avoir une mère pareille, toujours à dire ce qu’il faut faire ou non en société, critiquant tout et tout le monde en prenant des grands airs innocents. Daisy Dalrymple est semblable à elle-même, fourrant son joli nez partout, tentant de convaincre son sympathique mari qu’elle peut lui être très utile dans ses enquêtes. Ce que lui tente d’éviter à tout prix, Alec Fletcher, s’il accepte qu’une femme travaille, n’apprécie pas toujours à leur juste valeur les observations de sa mignonne épouse. La petite Belinda, belle-fille de Daisy, est mignonne à croquer, très bien élevée, une enfant comme on aimerait bien avoir, mais il ne faut pas rêver ! Sans oublier les assistants de l’inspecteur en chef qui ressemblent un peu à Laurel & Hardy physiquement.

Ici les personnages qu’ils rencontrent sont - comme toujours - très typiquement « british » aussi, le clergyman de retour des Indes, mais aussi les Norville de la branche pauvre, du père historien complètement immergé dans ses études, s’occupant plus de l’histoire de son château que de sa famille, son frère le capitaine au long cours, typiquement loup de mer au cœur généreux, Felicity, la fille qui voudrait quitter le nid mais ne sait comment faire vu les finances familiales, Miles le gentil grand frère, compréhensif et l’abominable cadette, dont on se demande pourquoi sa mère ne lui flanque pas une paire de claques. Sans oublier les deux Mrs. Norville, la jeune dépassée par les événements et l’aînée qui porte le lourd fardeau d’être à la fois une Indienne et épouse non légitimée.

A part cela il y a encore une immense propriété avec, bien sûr, le traditionnel fantôme, un personnel hautain qui, exceptionnellement, fait des efforts vu que leurs maîtres reçoivent du beau monde. L’auteure, subtilement, glisse dans ses petits polars une bonne observation d’une société en mouvement, mais où les différences sociales restent fort marquées.

Bref si ce n’était pour son style d’écriture qu’elle veut absolument semblable à celui de Dorothy Sayers ou celui des années 20, ce sympathique polar de Carola Dunn fait passer un amusant moment de lecture de vacances. Cette enquête est la onzième de l’Honorable Daisy Dalrymple, épouse Fletcher.