Marrying Off Mother and other stories de Gerald Durrell

Marrying Off Mother and other stories

Le samedi 24 septembre 2005 par Sheherazade

Tout comme les livres de Nicole de Buron, les livres de Gerald Durrell devraient être remboursés par la sécurité sociale pour des raisons évidentes de contribution au bien-être des lecteurs .

Rien n’est plus amusant que les souvenirs tant de sa jeunesse que d’autres événements de l’existence de ce naturaliste, zoologue, infatigable voyageur mais surtout extraordinaire conteur ; aussi talentueux que son Prix Nobel de littérature de frère, le célèbre Lawrence (Larry) Durrell, il manie le verbe et les adjectifs avec un humour ravageur. Ses réflexions sur sa famille et le monde qui les entourent sont hilarantes. Je recommande notamment leur ami grec Spiros Hakiopoulos, persuadé de parler un anglais impeccable et champion toute catégorie de gaffes.

J’ignore ce qu’en donne la traduction, mais croyez-moi, si vous en avez la possibilité, lisez les œuvres de Durrell en anglais, l’humour anglais, légèrement teinté de cynisme vous fera hurler de rire.

Dans ce livre-ci, une seule nouvelle est consacrée à sa famille : «  Marrying off Mother  », celle qui donne son titre à la compilation, mais soyez prudents lorsque vous la lirez, vos rires aux éclats risquent d’attirer l’attention de vos voisins. Gerald y relate un événement où les enfants Durrell (qui comme les miens n’hésitaient jamais à mettre leur mère en boîte), de Larry à Leslie en passant par la ravissante Margo, décidèrent qu’il était temps que leur mère se remarie. Comment la charmante petite Mrs. Durrell parvint à river leur clou à ses enfants est un petit morceau d’anthologie humoristique et éducatif.

Les autres nouvelles sont à la fois drôles, émouvantes ou poignantes. Il y a la rencontre dans le Périgord avec Esmeralda, une superbe truie amatrice de fine cuisine et championne tous terrais dans le domaine du « diamant noir » (les truffes) ; à Memphis Tennessee il se retrouve aux prises avec les anciennes Belles du Sud et leur petit penchant pour l’alcool ; au Paraguay il fait la connaissance d’un ancien bourreau anglais, hanté par ceux qu’il exécuta ; à Monte Carlo, Miss Booth-Wycherly et ses excentriques tenues d’une époque lointaine où elle était riche et célèbre, lui parlera du couvent où elle aurait voulu entrer, ce qui lui fut refusé pour « mauvaise vie » - pourtant, après sa mort, c’est quand même Miss Booth-Wycherly qui aura le dernier mot par le truchement d’une mignonne petite nonne ayant hérité de ses vêtements.

Il y a encore l’histoire de ce capitaine de bateau, si heureux de partir en retraite, certainement la plus poignante de toutes. Sans oublier celle du perroquet au langage de charretier, que la ravissante (mais assez idiote) petite amie de Durrell comptait offrir à un pasteur de ses connaissances ; la chute de l’histoire est un régal de cynisme. Bref une galerie de personnages très différents, étudiés à la loupe par quelqu’un habitué à observer le comportement animalier ; que ses objets d’études soient à deux ou quatre pattes, le regard de Durrell est plein de tendresse et de drôlerie.

Les critiques et les lecteurs ont reproché son inégalité à ce recueil de huit nouvelles, considérant que Gerald Durrell avait suffisamment relaté ses souvenirs pour ne pas avoir à écrire ce livre-ci ; j’avoue ne pas partager du tout cette opinion, car les nouvelles sont différentes, certaines évidemment moins drôles que d’autres, mais rien que pour celle du titre, il vaut le détour.