Lucrece Borgia de Maria Bellonci

Lucrece Borgia

Le lundi 8 novembre 2004 par Sheherazade

Ecrite en 1939, censurée lors de sa première parution pour passages "indécents", l’histoire de Lucrezia Borgia fut heureusement rééditée dans son intégralité en 1964. Le livre a été publié dans des dizaines de langues, a fait le tour du monde déclenchant, à juste titre, des tonnes de louanges pour son souci du détail, rédigé dans un vocabulaire très fourni, riche en détails historiques.

Maria Bellonci a voulu réhabiliter l’image que l’Histoire garda de Lucrezia Borgia qui eut le malheur de naître en cette époque tourmentée et violente que fut la Renaissance, au sein d’une orgueilleuse famille noble d’origine espagnole où le goût des honneurs, des richesses et de l’intrigue primaient sur la vie. Et surtout où le sens de la famille était développé au point que Lucrezia ne se rebella que très rarement. Elle fut un pion comme la plupart des filles de son époque, servant les ambitions de Rodrigo Borgia, devenu pape sous le nom d’Alexandre VI, et de son frère Cesare, un véritable psychopathe historique.

Enfant, Lucrezia conquit les coeurs de tous, toute menue, au teint de porcelaine et blonde aux yeux gris-bleus, parmi tous ses frères aux cheveux noirs, aux yeux de braise et au teint foncé. C’était une petite fille intelligente, avide d’apprendre.

Les annulations consécutives des fiançailles, un divorce pour non-consommation, un mari assassiné par son frère et finalement un dernier mariage eurent raison de la réputation de la jeune femme, réputation déjà fameusement entachée par un père pape, jouisseur de tous les biens terrestres possibles n’ayant pas hésité à installer sa toute jeune maîtresse au Vatican !

C’est le premier mari, Giovanni Sforza qui lança les commérages d’inceste pour se venger d’avoir vu son mariage annulé pour "impotence".

Puis ce fut l’amour de sa vie que Lucrezia perdit, son deuxième mari Alfonso di Bisceglie assassiné par Cesare parce que l’alliance avec Naples n’était plus nécessaire et qu’ici, point d’annulation possible puisque le jeune couple avait eu un enfant.

C’est finalement dans le duché de Ferrara, mariée à Alfonso d’Este, que Lucrezia Borgia trouva la paix et la sérénité à défaut d’amour. Son charme, sa beauté, son extrême gentillesse lui valurent l’estime de tous. Elle transforma la cour d’Este en un havre d’accueil pour poètes et artistes, gardant toujours une préférence à qui venait d’Espagne, ce pays représentant pour la jeune femme le paradis perdu. Un dernier amour l’unit au poète Pietro Bembo et leur correspondance est un fleuron de poésie romantique. Elle suivit également l’exemple de sa mère, Vannozza di Cattanei, se consacrant aux activités charitables.

Elle donna 7 enfants à Alfonso d’Este, dont 4 seulement atteindront l’âge adulte ; lors de la naissance de sa dernière petite fille qui mourut le lendemain, Lucrezia contacta une septicémie et mourut à 39 ans, pleurée de tous.

Cet essai n’est nullement écrit de manière mièvrement romantique ; Maria Bellonci sait donner vie aux personnages tels qu’on les imagine tour à tour violents, brutaux ou tendres.

Historiquement le livre est une référence et bien qu’il ne fut pas aisé à lire, je ne me suis pas ennuyée un seul instant, même si parfois la complexité de la langue italienne m’a impressionnée. Je vous recommande vivement ce livre d’une historienne d’exception si vous en trouvez l’édition française.


  • Lucrece Borgia  19 février 2008, par jaio
    J’ai lu ce livre comme un roman. On perd en effet un peu le fil si on s’arrête de le lire pendant un jour ou deux car les références et les noms sont nombreux. nul doute que si l’auteur l’aurait écrit 40 ans après, elle en aurait dit davantage...Et on aurait eu encore plus de mal a s’en sortir avec tous les personnages. Néammoins, c’est un livre fait pour être réelu. Avec lui on a un bon résumé de ce qu’était la rénaissance. A ce propos, elle avait comme habitude d’offrir à l’embassadeur de France des poupées habillées comme elle. C’est sûrement de là que viennent les mannequins.
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