Les noces secrètes de Gérard Caramaro

Les noces secrètes

Le samedi 30 octobre 2004

Il s’agit d’une réédition électronique du Prix de la Fédération des Bretons de Paris 1997, confidentiel puisque jamais distribué !

En une langue de toute beauté, Gérard Caramaro nous embarque dans un voyage amoureux total, dans une étrange forêt peuplée d’éléments complices. Ce féru de légende arthurienne et de poésie baroque nous plonge dans les mythes les plus mystérieux de notre monde, tel l’Eternel Retour...

Lisez, dans la page d’accueil du site "Ebooks libres et gratuits", l’appréciation de Maurice Druon sur ce roman très court pour achever de vous convaincre : www.ebooksgratuits.com/ebooks.php ?auteur=caramaro_gerard

Présentation de l’éditeur

Les Noces secrètes sont, à la fois, le retour aux sources d’un amour jamais remplacé, le chemin vers cette racine de lumière, et la pérégrination exaltée qui s’ensuit.

L’Amour, par-delà toute raison, quête idéale, absolue, quasi mystique, est aussi charnel, glaise, et puise ses racines dans les entrailles de la terre. Lucile est présente dans le coeur de tant d’hommes, cachée. Tant de femmes ont une Lucile en elles, ignorée.

L’auteur, Gérard Caramaro, est un chercheur de verbe, un goûteur de mots, qui s’exprime dans une langue singulière, belle et profonde.

Maurice Druon, secrétaire perpétuel de l’Académie française, lui écrivait, le 9 octobre 1997, à propos de ce livre : « ... J’en ai apprécié l’inspiration, on songe à Nerval, tout autant que la langue, parfaite à tous égards. »

Et le prix de la Fédération des Bretons de Paris a été attribué à Gérard Caramaro, le samedi 6 décembre 1997, à Paris, en même temps qu’ont été attribués les prix Bretagne et Pascal-Pondaven. Le jury était composé de Charles Le Quintrec, président, Jean Laugier, Yann Queffélec, Patrick Poivre D’Arvor, Irène Frain, Jean Markale, Yann Brekilien et Yves La Prairie.

Un extrait

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Les Amants, pastel de Carmelo de la Pinta

(...) Le vent s’est rabattu. Sous la lune blanche une femme vole vers Les Sulèves. Dans le chemin creux elle glisse, aérienne, et son émoi est grand. Les yeux écarquillés, la bouche humide et le sexe douloureux presque elle court, légère, et l’astre femelle lui glisse des gouttes d’argent dans sa chevelure. Les arbres lui crient leur sympathie. Leurs ancêtres ont vu déjà, si haut dans le temps ! la même femme passer sous leur ramage mue par la force, le devenir du monde dans le ventre, et leurs bras joints au-dessus d’elle se tordaient comme à présent pour une haie d’honneur. Lucile n’entend rien, elle sait tout. Beauté et puissance elle va, et c’est la marche têtue de l’univers qui prend chair. L’ombre recule. Cette femme est l’aube qui se dresse, forte et tendre, un espoir pour cette terre où toute chose meurt et se liquéfie avant que de renaître. Ta course est un chant, Lucile, qui couvre le chaos et ordonne, polyphonique, l’existence même. Tes pas effacent toute misère et de ton souffle avide naissent des vents nouveaux qui féconderont toute contrée. Je te vois suivre le fil de ton cœur, belle, et je reste droit dans la nuit, radieux, si près de toi.

« Tu es venue... ! » Lucile balbutie et je me tais contre elle. Son ventre est le mien, sa poitrine embrase la mienne. Nos sens sont un cheval ailé que nous empruntons pour gagner notre demeure mystérieuse. D’étranges couleurs nous habitent ensemble en notre pérégrination, et l’androgyne ressuscité plonge en de violets océans.

Aucun végétal, aucune mer ne saurait dispenser ces senteurs qui nous visitent, violacées, acerbes et tendres, et notre cri nous porte au-dessus des horizons.

Nous ferons durer la nuit. La nuit est notre royaume, elle gîte notre alliance. Bientôt nous nous passerons du vent même pour nos transports et nos yeux couvriront encore à travers le sombre de l’heure des monts et des merveilles de lumière.

Dans notre chrysalide chaude et humide nos deux corps sont un lac de bonheur immobile. Sur ses eaux planent nos esprits, qui s’enrichissent sans fin de leur harmonie. L’heure est arrêtée, le temps qui nous baigne est celui qui ne sait pas encore marcher. La conscience d’être est hagarde. Elle se repose parfois sur une odeur, un souffle, un gémissement. Vivre est dépassé. Le pays qui s’est ouvert ne souffle pas de frontière, il est toute virtualité, il n’est que délices qui s’offrent à notre enchantement.

L’aurore a trouvé sur le perron de la fontaine deux âmes hallucinées, étourdies de leur concorde. Hiératiques, des arbres géants se penchent sur les enfants de la rosée. Autour de nous l’herbe s’est couchée, comme si un peuple de fées attentif et muet, en un cercle magique, avait abrité notre nuit.

Sur les chemins pentus de la forêt, sur mon dos je porte Lucile. Elle a posé sa joue sur ma tête et sa chevelure en cascade m’est un voile dont le parfum me charme. Les bras de Lucile me font un collier et ses cuisses me pressent les flancs. Par un juste retour du grand balancier, la force ascensionnelle qui nous a émus au plus secret de nous-mêmes et projetés en des espaces sidérants, cette force à l’inverse me rive au sol sous mon cher fardeau et nous entraîne au centre de la Terre. Si chaque pas que j’arrache à la boue me coûte, si mes muscles se tétanisent, si mon corps se vousse sous la charge sans prix, mon cœur envolé près du tien nous exhorte à progresser.

Je n’ai pas trébuché et ma bouche murmure des perles de mots que je t’adresse et qui se mêlent au souffle d’amour, parfois formulé, de ta bouche rapprochée.

Nous sommes arrivés sur la berge occidentale de la rivière d’Argent. Ici, ses eaux sont rouges, la roche est cristalline et le fer y abonde. Le soleil est pâle et comme languissant. À grand-peine sa lumière dans la brume se fraie un passage. L’air est vif, froid, ouaté. Ma mie glisse le long de moi, exhaussée sur la pointe des pieds elle dépose, furtif, un baiser sur mes yeux. Les jambes repliées sous elle, elle s’assied. Elle a empoigné une touffe d’herbes hautes, et son regard vagabonde au fil de l’eau. Mon double, ma féminité, sur le miroir moiré de la rivière curieuse notre vision du cours des choses est-elle identique ? (...)


  • > Les noces secrètes  12 novembre 2004

    J’ai adoré

    C’est dingue, ce livre, ce que c’est beau ! En plus, il est pas long, c’est le volume idéal pour un ebook . Je l’ai présenté à mon prof, on doit en discuter en cours. J’ai écrit à l’auteur, il m’a répondu, sympa. Ca fait du bien, un roman qui vous laissse au coeur de la chaleur. Magnifique.


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