Les Meurtres de la Tamise de P.D. James

THE RATCLIFFE HIGHWAY MURDERS OF 1811, une enquête historico-policière de P.D. James & T.A. Critchley

Les Meurtres de la Tamise

Le mercredi 27 juin 2007 par Sheherazade

En 1811 l’Angleterre ne disposait pas d’un vrai corps de police, la police métropolitaine sera seulement constituée quelques dix-huit années plus tard, en 1829. Mais en 1811, la police à Londres, à l’organisation plutôt rudimentaire, était assurée par des « constables », « high constables » et des vigiles dont le système était directement hérité du Moyen-âge. Aucune méthode d’enquête à proprement parler, pas de médecine légiste, pas de réunion de preuves. Par ailleurs, les différentes « agences » de police ne collaboraient nullement entre elles et se partageaient donc encore moins les renseignements obtenus.

Et pourtant, malgré tout cela, à part quelques crimes violents et une justice souvent sommaire, le taux d’atrocités commises était relativement bas par rapport au reste de l’Europe, donnant à l’Angleterre une réputation enviable.

Aussi, lorsque Timothy Marr, sa jeune épouse Célia, leur petit bébé Timothy Junior et leur apprenti, James Gowen, furent assassinés brutalement avec une sauvagerie sans bornes, l’opinion publique s’inquiéta surtout celle des petites gens qui, au contraire des nantis, ne pouvaient assurer leur sécurité. Il fut impossible aux enquêteurs de découvrir le moindre indice menant au coupable, malgré l’arme du crime retrouvée sur place : un « moine » (gros marteau » qui servit à massacrer tout le monde. Pas de prises d’empreintes digitales en 1811 ! Dix jours plus tard trois autres personnes mourront dans des circonstances aussi abominables.

Un homme fut arrêté, un certain John Williams, marin connu pour dépenser sans compter dès qu’il se retrouvait à terre, aimant le jeu et n’hésitant pas à emprunter dès qu’il manquait d’argent. Les soupçons qui pesèrent sur lui poussèrent Williams à se suicider en prison. Vrai suicide ou meurtre maquillé pour l’empêcher de parler ? Ici non plus, point de réponse convaincante.

P.D. James,- connue pour les enquêtes de l’inspecteur Adam Dalgliesh - ici en collaboration avec l’historien T.A. Critchley s’est contentée d’émettre la théorie que peut-être le présumé coupable, John Williams, fut probablement victime de ses douteuses fréquentations et peut-être bien victime d’un coup monté.

L’écrivaine anglaise qui possède l’intelligence des grands écrivains n’a pas - au contraire de Patricia Cornwell et de sa théorie sur Jack l’Eventreur - l’arrogance de prétendre avoir résolu des crimes vieux de plus de 160 ans (le livre de Mrs. James sur The Ratcliff Highway Murders a été écrit en 1971).

A la base de documents et avec l’aide de l’historien, l’auteur dresse un très intéressant tableau historique sur les méthodes ou plutôt le manque de méthodes policières du début du 19ème siècle ; le Londres de Dickens prend littéralement vie sous les yeux du lecteur, la vie des pauvres gens, de la magistrature telle qu’on la connaissait alors.

Les meurtres de la Tamise ne seront jamais résolus mais le livre est un document vrai sur des faits réels qu’il est amusant de lire lorsqu’on aime la littérature policière.

Patricia Cornwell et ses théories sur l’identité de Jack l’Eventreur n’a donc rien inventé en remontant le temps à l’aide de documents d’époque afin d’étudier un cas de meurtres non résolus (bien qu’elle, Cornwell, prétende le contraire ! ).

Dans le domaine de la fiction, Josephine Tey et Colin Dexter avaient déjà lancé leurs limiers préférés (à savoir l’inspecteur Grant de l’une et l’inspecteur Morse de l’autre) sur une piste historique afin de les occuper pendant qu’ils étaient cloués sur un lit d’hôpital.