Les Lionnes d’Angleterre de Catherine Hermary-Vieille

Troisième et dernier volet du « Crépuscule des Rois », après "La Rose d’Anjou" et "Reines de Coeur"

Les Lionnes d’Angleterre

Le dimanche 3 juin 2007 par Sheherazade

Qui sont-elles donc ces « lionnes » ? simplement les six femmes qui eurent - un temps - la faveur d’Henry VIII et devinrent les reines d’Angleterre.

De la très catholique Catherine d’Aragon qui lui refusa le divorce provoquant le schisme entre Rome et l’Angleterre, jusqu’à la calme et sereine Catherine Parr gagnée aux idées du protestantisme, elles furent soit divorcées, décapitées ou répudiées. Seule la douce Jane Seymour échappa au sort de celles qui n’eurent plus l’heur de plaire au souverain ; elle mourra en couches après avoir donné à Henry VIII ce fils tant attendu. La toute jeune et pas très maline Katherine Howard subira le sort peu enviable de sa cousine Boleyn, pour avoir aimé un autre homme que le roi ; Anna de Clèves eut plus de chance, elle accepta la répudiation, souhaitant rester en bons termes avec le roi ce qui sauva sa tête et lui permit de couler des jours heureux en Angleterre.

Le roman met particulièrement l’accent sur la lutte farouche de la flamboyante Anne Boleyn, poussée tant par ses ambitions personnelles que par celles de sa famille, afin de conquérir le roi mais surtout le trône. Anne Boleyn, forte de l’expérience de sa sœur Mary renvoyée dans sa campagne après avoir perdu la faveur royale, décida qu’elle ne serait pas la maîtresse en titre mais l’épouse et souveraine du cœur et du corps du monarque. Par un jeu subtil de séduction, elle le fit languir à tel point que pour elle il décidera de se séparer de Rome, faisant taire ses scrupules à l’égard de sa première épouse qui refusera toujours de se considérer comme divorcée et se considérera jusqu’à sa mort comme la légitime reine d’Angleterre, savourant peu chrétiennement la chute de son ennemie.

Anne, qui ne donnera pas au roi le fils attendu mais la très mignonne Elizabeth, qu’elle appelait son « petit rayon de soleil » et qui deviendra la superbe Elizabeth Ière, perdit les faveurs royales pour avoir osé être trop « moderne » pour son époque ; érudite, intelligente - bien plus intelligente que le roi - ambitieuse, Henry VIII finit par prendre en grippe cette femme qui refusait d’être « soumise », « douce », « bonne », au sens où lui l’entendait.

Plus le roi vieillissait et plus les défauts qui se laissaient soupçonner dans sa jeunesse, s’exacerbèrent ; capricieux, particulièrement vindicatif, faux jeton, jouisseur, intolérant, et hélas peu intelligent. Ceux qui perdirent sa faveur, qui refusaient de plier devant lui, se retrouvèrent rapidement en exil quels qu’aient été les services rendus à la Couronne ; Henry VIII n’avait pas non plus la fibre reconnaissante. Le cardinal Wolsey, Thomas More, et tous ceux qui contrarièrent ses projets, seront soit mis à mort, soit moururent en exil.

Catherine Hermary-Vieille brosse ici un intéressant portrait de la vie de cour, des intrigues de courtisans, des faveurs que l’on gagne ou perd au gré des caprices royaux, les filles partageant le peu enviable privilège d’être des pions sur l’échiquier des ambitions familiales ; elles étaient élevées sans qu’aucun scrupule ne soit accordé à leurs désirs personnels, jetées en pâture au roi, afin d’affirmer les richesses de leurs familles.

Le roman poursuit la vie des enfants d’Henry VII Tudor dont on avait fait la connaissance dans les «  Reines de Cœur  » mais aussi de leurs propres enfants, sans oublier les différentes références aux faits et gestes dans les royaumes du continent, alliés ou non de l’Angleterre.

Le troisième tome est tout aussi passionnant que les deux premiers volets de la série.