Les Demoiselles de Provence de Patrick de Carolis

Les Demoiselles de Provence

Le samedi 24 décembre 2005 par Sheherazade

Au 13ème siècle, le comté de Provence est grandement convoité par la couronne de France, mais grâce à la force de caractère du comte Raimond Bérenger IV, c’est une terre indépendante et prospère. Le comte est marié à la très belle Béatrice de Savoie ; le couple hélas n’a que des filles, ce qui déçoit cet homme de son époque pour qui seul un héritier mâle assurera l’indépendance de la Provence, terre de la langue d’oc et des troubadours, chantres de la fin’amor. Pourtant ces quatre filles auront une destinée hors du commun, chacune à son tour deviendra reine, mais une seule héritera de la terre de Provence.

Marguerite, Eléonore, Sancie et Béatrice, toutes ont hérité de la beauté de leur mère, toutes sont pieuses, d’excellente éducation pour des filles de cette époque.

L’aînée, la plus sage et pieuse, Marguerite sera mariée à Louis IX, roi pieux s’il en fût, mais également homme autoritaire peu enclin à partager le pouvoir avec sa jeune épouse, surtout après avoir été pendant des années sous la coupe de sa mère, la terrible Blanche de Castille qui est certes une excellente régente mais une belle-mère épouvantable, nullement disposée à partager l’affection de son fils avec cette jeune femme qu’elle a pourtant elle-même choisi. Après tout, grâce à cette union la Méditerranée est plus proche de Paris. Marguerite et Louis auront 11 enfants.

Marguerite, sage et avisée, sera systématiquement écartée du conseil par son époux. Pourtant la jeune reine, loyale et aimante, accompagnera son époux jusqu’en Terre Sainte.

Ensuite ce sera au tour d’Eléonore à être unie à une couronne d’mportance, celle d’ Henry III Plantagenet. Eléonore sera une reine d’Angleterre qui n’hésite pas à partager le pouvoir avec son époux, jusqu’à la révolte des réformistes où elle montre un courage sans précédent, une force de caractère égale à celle de ses parents. Eléonore sera aussi la mère du redoutable Edouard Ier, dit « Longshanks » (le sinistre Longues Guibolles, qui n’acceptera jamais aucune contrariété et qui ravagera son apanage gallois avant d’aller raser la terre d’Ecosse).

La jeune Sancie, la plus rêveuse et musicienne, sera celle que le pouvoir intéressera le moins ; mariée à Richard Plantagenet, frère d’Henry, comte de Cornouailles, elle aimera particulièrement ce comté où elle s’évadera à chaque fois qu’elle le pourra, loin d’un mari qu’elle n’aime pas. Elle deviendra reine lorsque son époux sera choisi pour coiffer la couronne des Romains.

C’est la petite dernière, Béatrice qui héritera du comté de Provence. Mariée à Charles Ier d’Anjou, comte d’Anjou et Maine, elle aussi sera reine, puisque l’Angevin devint roi de Sicile. Le comté de Provence n’appréciera guère la main mise du frère du roi de France sur la terre de Provence, qu’il dirigea d’une poigne de fer.

Au fil de leurs vies, les quatre sœurs se perdront de vue, se retrouveront avec chaleur ou distance selon les événements du moment.

La vie de ces charmantes "Demoiselles de Provence" contient tellement d’ingrédients liés à l’histoire des Capétients et des Plantagenets, que je ne peux que regretter que Patrick de Carolis se soit contenté d’une seul volume pour écrire leur histoire. Son roman a un goût de « trop-plein », il est passionnant mais un peu trop dense, tant d’Histoire avec un grand H aurait au moins mérité d’être rédigé en deux volumes.

D’autant plus que l’auteur use et abuse de l’usage des dates, certainement très utiles à l’écrivain afin de se situer dans le temps, mais finalement un peu agaçant pour le lecteur qui se serait contenté d’une date-repère de temps à autre. Pour beaucoup, l’abus des dates est fastidieux, considérant que cela rend le roman ennuyeux à lire. C’est un jugement un peu fort car s’il y a bien une chose que le livre n’est jamais, c’est ennuyeux justement. Au contraire, rendu vivant par l’utilisation du temps présent, ces «  Demoiselles de Provence  » sont un plaisir à lire et une fois commencé, il est dur de lâcher le bouquin.

Le lecteur entre ici de plein pied dans l’histoire de France et d’Angleterre du Moyen-âge ; mais aussi de la « petite histoire », celle de la vie des reines, des dames du temps jadis, des ménestrels, des guerres de religion, des croyances et superstitions. On partage les émotions de ces petites filles devenues femmes et reines, leurs intimités, leurs chagrins.

On voyage de Forcalquier à Aigues-Mortes, puis à Paris, en passant par Londres, Tunis et l’Orient, sans oublier la Sicile et la vallée du Rhin, ainsi que Naples. C’est une plongée dans l’histoire même s’il y manque un peu de ce panache, de la truculence et vivacité des "Rois Maudits" de Maurice Druon.

Patrick de Carolis est né à Arles en 1953, c’est dire s’il aime la Provence et ses cigales. C’est là que sont ses racines, lui qui prit ses ailes en tant que journaliste et présentateur sur France 3 de l’émission « Des Racines et des Ailes ».


  • Les Demoiselles de Provence  21 juillet 2007, par hippo
    J’adore l’histoire et encore plus les histoires de l’histoire, alors, j’ai plongé hier et j’ai émergé aujourd’hui. Fini. Contente. Maintenant, je recherche des informations complémentaires sur tous ces personnages et je voyage dans le temps et l’espace . Un vrai plaisir.
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    • Les Demoiselles de Provence 21 juillet 2007, par bastet

      si vous lisez l’anglais, l’écrivaine anglaise JEAN PLAIDY a également romancé les demoiselles de provence en plusieurs romans.

      Sur l’encyclopédie Wikipedia vous pourrez trouver toutes les infos historiques.


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      • Les Demoiselles de Provence 23 septembre 2007, par Mireille
        dimanche 23 septembre 2007 Je viens de terminer " les demoiselles de Provence", une chevauchée historique à travers le XIIIé siècle qui vous questionne sans arrêt. Heureusement qu’il y a une chronologie à la fin du livre mais malheureusement il manque cruellement une généalogie de ces souverains. Je me suis rédigée un tableau généalogique, d’aprés un recueil datant de 1863 !!!Sinon on s’y perd.Je n’ai jamais accroché aux Rois Maudits malgré plusieurs tentatives. Le style de Patrick de Carolis vif et alerte m’a séduite.
        Les demoiselles de Provence
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        • Les Demoiselles de Provence 23 septembre 2007, par Sheherazade
          patrick de carolis semble être accuse de plagiat en ce qui concerne ce roman, pour s’être largement inspiré de "La Ferme des Quatre Reines" de Thyde Monnier, dans lequel il aurait même carrément puisé des extraits.
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          • Les Demoiselles de Provence 23 septembre 2007, par Sheherazade

            voici le lien à propos du plagiat :

            http://laicite.free.fr/doc/demoiselles2provence.pdf


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          • Les Demoiselles de Provence 23 avril 2008
            En effet, c’est hélas vrai. Patrick de Carolis a été accusé de plagiat. L’affaire a dû être "arrangée" entre lui, sa maison d’édition et la Société des Gens de Lettres qui possèdent les droits d’auteurs sur l’oeuvre de T. Monnier.
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          • Les Demoiselles de Provence 30 mars 2013
            En effet, c’est exact. Patrick de Carolis a plagié Thyde Monnier. S’il avait fait référence à cette romancière, cela aurait pu passer. Mais il ne l’a pas fait. Et Thyde Monnier n’est plus là pour défendre ses droits.
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