Le signe des Locustes de M John Harrison

Le cycle de Viriconium II

Le signe des Locustes

Le mardi 2 novembre 2004 par Mario_Heimburger

Après un premier tome décevant, la trilogie de Viriconium prend ici un envol significatif. On retrouve enfin le style inimitable de Harrison, cette façon bien à lui de nous perdre avant de nous amener exactement là où il le souhaite.

Plusieurs années ont passé depuis la guerre des deux reines (cf. tome 1). Le monde a poursuivi sa décadence sociale, et il ne reste plus rien à espérer. Pourtant, une nouvelle religion nihiliste commence à faire son apparition dans la capitale du royaume, la "cité pastel". Le signe des Locustes gagne de plus en plus d’adeptes, alors même qu’il n’y a ni prêtres, ni pensée religieuse. C’est un peu comme si une pensée parasitaire venait se greffer sur la pensée humaine.

C’est suffisamment grave pour faire ressortir Cellur, un vieillard tellement vieux qu’il est à moitié amnésique à sortir de sa cache et à convaincre des hommes au bout du rouleau à mener une croisade vers le nord, où, d’après une femme folle venue à la capitale, se trouve la source du mal.

Ce groupe dingue (constitué d’un homme du passé rescussité et prisonnier de ses souvenirs, un assassin décadent, un nabot technicien et vieillissant, Cellur l’homme sans âge et la folle annonciatrice) voyagera guidé par un spectre lunaire obèse jusqu’au bout de l’irréalité dans un monde qui semble perdre son essence même.

On s’en rend compte à mon résumé malhabile : il est très dur d’analyser objectivement ce qui se déroule dans ce roman. On est surtout victime d’impressions, d’un style parfaitement adapté à la suppression d’une fonction "objective" du cerveau du lecteur. Bien que l’histoire ait une intrigue en béton, la non linéarité des explications en rend la compréhension difficile.

C’est toutefois une expérience incroyable, une plongée dans un univers en déstructuration, tout le contraire du roman habituel où l’on voit se créer progressivement un environnement. Ici, tout ne mène que vers le néant. Un très grand moment de la littérature post-apocalyptique.