Le philosophe amoureux de Jacques Sojcher

Petite pièce en un acte, pour « dépoussiérer et dédramatiser » la philosophie.

Le vendredi 31 août 2007 par Sheherazade

Dans son bureau à l’université où il travaille, Pierre (30 ans), assistant du professeur de philosophie reçoit la visite intempestive d’une charmante étudiante, exaspérée de ne pas comprendre ce qu’elle étudie au cours de philo.

D’abord un peu agacé par cette intrusion, le jeune assistant accepte de discuter avec cette Sophie (19 ans), si énervée par les textes philosophiques, dont il veut bien reconnaître le caractère assez hermétique au premier abord. La jeune fille prend un malin plaisir à provoquer Pierre, tentant de lui faire voir l’inutilité totale de la philosophie, principe de discussion qui est, selon elle, complètement hors de toute réalité.

Face à tant de contestation, Pierre va tenter de lui expliquer, au travers de textes choisis dans « Le Banquet » de Platon et « Phèdre » ; il ne va pas avoir la tâche facile, car Sophie peste à qui mieux mieux, le remettant régulièrement face à ses notes, prouvant ainsi que contrairement à ce qu’elle prétend, elle a compris pas mal de choses même si elle se dit allergique à cette matière philosophique qui aime à utiliser des mots compliqués « qu’on ne trouve même pas au dictionnaire » selon l’étudiante. Ce que Pierre aura tôt fait de lui démontrer comme étant faux !

Il va même à un certain moment se lancer dans une tiatribe philosophique, utilisant des phrases alambiquées et parfaitement creuses, prouvant exactement le contraire de ce qu’est la philosophie, ou ce qu’elle devient lorsqu’elle est utilisée par des pédants se gargarisant de mots. Leurs joutes finiront par évoluer vers quelque chose d’un peu différent du but initial de la visite de l’étudiante.

Mais quel plaisir que cette courte pièce, exemple concret de théâtre que l’on surnomme « de chambre », puisque située dans un seul lieu, fermé, du bureau en désordre de l’assistant d’université. « Le Philosophe amoureux » est une forme d’initiation à la philosophie et une petite mise en garde aussi contre le philosophe-séducteur.

Au Théâtre-Poème de Bruxelles, la pièce a été interprétée par Dominique Rongvaux (Pierre) et Anouchka Vingtier (Sophie). Ils se complètent parfaitement et interprètent leur rôle avec justesse et naturel. Un peu plus de naturel peut-être de la part de Dominique Rongvaux.

Jacques Sojcher, professeur de philosophie à l’université libre de Bruxelles, aime la philosophie, et il aimerait que tout le monde l’aime. Sa pièce est d’ailleurs à son image : sympathique, volubile, ironique, pleine d’humour. Sa pièce n’est pas une caricature de la philo mais il est certain qu’avec des propos parfois drôles, ce professeur aimerait communiquer sa passion aux jeunes.

La philosophie n’est pas enseignée dans les classes du secondaire, le but de la pièce est de la faire connaître de manière intelligente et ludique, une introduction à une matière peu connue et considérée souvent comme rébarbative.

En plus d’être professeur, Jacques Sojcher est écrivain ; il a publié plusieurs livres dont le thème récurrent est évidemment la philosophie. Il faut aussi assister à l’un de ses cours (la philosophie de l’esthétique) pour se rendre compte de la passion de cet homme pour son métier.

Avoir cours avec Monsieur Sojcher est un véritable régal pour l’esprit.