Le père de Frankenstein de Bram Christopher

Biographie romancée de James Whale

Le père de Frankenstein

Le mercredi 26 novembre 2003 par Feline

Dans les années 30, James Whale accède à la notoriété en réalisant le célèbre "Frankenstein" et une de ses suites "La fiancée de Frankenstein. Bien qu’il ait réalisé bon nombres d’autres films, autrement meilleurs, son nom reste associé à ces deux oeuvres. Ce que le vieil homme mis en scène par Christopher Bram regrette.

Le romancier retrace les derniers jours du réalisateur anglais, de sa sortie de l’hôpital, où il avait été admis suite à une attaque cérébrale, jusqu’à la découverte de son corps dans la piscine de sa somptueuse demeure hollywoodienne. Christopher Bram tente de mettre en lumière les circonstances psychologiques qui ont poussés le vieil homme à commettre cet acte irréparable. Il insiste notamment sur la difficulté éprouvée par James Whale à se voir ainsi diminué physiquement et surtout son effroi face à l’érosion de ses facultés mentales, qui le poussent à echafauder des plans aussi fous que dangereux. Il essaie notamment de pousser son jardinier, qui s’est pris d’affection pour son patron, à l’assassiner, fantasmant sur une mort extravagante. L’écrivain exprime également les regrets du réalisateurs à n’être reconnu que comme "le père de Frankenstein", alors que ses oeuvres plus ambitieuses sont complètement passées à la trappe. Enfin, une grande part du livre est consacrée à l’homosexualité de James Whale, sexualité mal perçue à l’époque.

Christopher Bram avertit le lecteur qu’il s’agit d’une fiction mettant en scène un personnage ayant réellement existé et donc qu’il s’est permis quelques fantaisies mais tout en respectant la vérité concernant les grands moments de sa vie. Le roman est en effet agrémenté de flash-back, sur la grande guerre vécue par l’anglais dans les Tranchées Yproise ou sur sa vie et ses tournages aux Etats-Unis. Cependant, à mon avis, ce roman ne nous éclaire en rien sur ce personnage, ni sur sa vie, ni sur sa personnalité. Christopher Bram reconnaît que les personnages de la gouvernante et du jardinier sont purement imaginaires, tout comme le rôle qu’il attribue à David Lewis, autre réalisateur des années 30. Où se trouve donc alors ces parcelles de vérité ? Les flash-back se contentent d’évoquer des anedoctes sans grands intérêts, et qui ne nous en apprennent pas davantage sur James Whale. Le roman se centre essentiellement sur la sexualité de ce dernier, nous présentant finalement un vieux lubrique qui ne pense qu’aux beaux hommes musclés et se livre à des jeux malsains avec les pauvres jeunes esthètes qui franchissent le portail de sa maison. Le récit tourne donc souvent à la pantalonnade.

Il est dommage que la quatrième de couverture nous présente le livre comme une sorte de biographie, ce qu’il n’est pas. Je m’attendais donc à découvrir ce réalisateur et non un roman. En tant qu’oeuvre fictionnelle, cependant, il nous offre un agréable moment de détente. J’ai notamment apprécié les quelques pages consacrées à la réalisation de "La fiancée de Frankenstein". Christopher Bram nous propose notamment un face à face entre l’avis du réalisateur et d’un télespectateur lors de sa diffusion 20 ans après sa sortie en salles. Cela donne un éclairage intéressant sur le vieillissement d’une oeuvre mais aussi sur l’incompréhension d’un spectateur face à ce qu’un cinéaste a voulu exprimer.

Une biographie médiocre mais une bonne fiction à n’entamer qu’en toute connaissance de cause...